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La Ligue 2 BKT et ses buteurs maison

Publié le 03/08/2020 à 15:44 - LFP

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A l’image des Courtet, Armand, Touzghar et Dona Ndoh présents en 2019/20, la Ligue 2 BKT compte historiquement de grands buteurs spécifiques : une longue tradition à revisiter. Episode 1.

« Je me souviens d’attaquants comme Réginald Ray, Laurent Dufresne qui cassaient tout en Ligue 2 BKT, mais qui n’ont jamais passé le cap en Ligue 1 Uber Eats. Peut-être que ce championnat était plus prétentieux qu’aujourd’hui. », disait en juin 2019 à So Foot Steve Savidan, très bel exemple de la réussite possible pour un ex-top buteur de Ligue 2 BKT parvenu à briller par la suite au niveau supérieur, à tel point que cela l’a conduit jusqu’aux Bleus. L’ancienne idole de Nungesser évoquait à cette occasion un autre profil de joueurs, celui de talentueux buteurs aguerris, dont les noms sont historiquement associés aux soirées de la deuxième Division du côté de Niort, Valenciennes, Le Havre, Ajaccio, Rouen, Laval, Beauvais ou encore Dunkerque qui retrouve d’ailleurs cette saison la Ligue 2 BKT, 24 ans après, mais qui n’ont pas connu la même réussite parmi l’élite.

Des buteurs qui ont souvent été dénichés dans les divisions inférieures, parfois même sans avoir connu de centre de formation, mais qui ont acquis une réputation qui leur a permis d’hériter de surnoms comme ceux de « Faurégol », « Tonygoal » ou encore « Dudigol »…. Plus largement, ce type de buteurs est surnommé « renard des surfaces ». Appellation que Didier Monczuk et ses 123 buts en D2 ont bien illustrés dans les années 80-90. « Je n’avais pas la rapidité des attaquants actuels », expliquait-il dans une émission de Planète Racing. « Je ne partais pas de loin. Mon truc c’était de suivre les actions de mes coéquipiers. Quand un tirait au but j’essayais d’imaginer selon l’angle de tir où le ballon pourrait revenir. Ce qui me permettait de surprendre les défenseurs en prenant un petit temps d’avance ».

Des buteurs qui sont ô combien déterminants à ce niveau pour espérer décrocher une montée parmi l’élite. Ce qui a été le cas pour sept clubs depuis dix ans : Brest (Charbonnier), Nîmes (Bozok), Troyes (Niané), Caen (Duhamel), Guingamp (Yatabaré), Reims (Fauré) et Dijon (Ribas). « Quand tu as un buteur comme Charbonnier qui te plante 27 buts, tu n’es pas loin de la montée », confirme la déclaration de Robert Malm, ancien attaquant et désormais consultant Ligue 2 BKT pour beIN SPORTS.

Des attaquants qui n’ont pas eu l’occasion d’utiliser ce championnat comme un tremplin pour la Ligue 1 Uber Eats, à la différence par exemple des internationaux Papin, Madjer, Guivarc’h, Gravelaine, Marlet, Drogba, Adebayor, Niang, Gameiro et autres Aubameyang et Mané.

Une race de buteurs toujours présente, bien que clairement en infériorité numériquement en 2020. Pour cela, il suffit de consulter le classement historique des meilleurs réalisateurs du championnat depuis un peu plus d’une décennie (2007/08) au sein duquel Gaëtan Charbonnier et Habib Diallo sont partis rejoindre Ligue 1 Uber Eats l’été dernier. A ces départs sont venus s’ajouter ceux l’année précédente des anciens Ghislain Gimbert et Riad Nouri après celui de Mathieu Duhamel en 2018.



Des buteurs historiques moins présents qu’avant

Quand la saison dernière les habitués Touzghar, Armand et Dona Ndoh pointaient dans le top 10 des buteurs nettement au-dessus de la barre des dix unités, ces buteurs historiques de Ligue 2 BKT ont vu lors de la saison écoulée leur influence diminuer au profit de Kadewere, Wissa, Sissoko et Grbic.

Dans le top 25 du classement des buteurs de Ligue 2 BKT de la saison 2019/20 figurent toutefois encore trois des meilleurs goleadors historiques du championnat depuis la saison 2007/2008. A savoir Gaëtan Courtet (AC Ajaccio, 8e), Romain Armand (Paris FC, 19e) et Rémy Dugimont (Clermont Foot, 22e). Les attaquants ont respectivement signé dix, sept et six buts lors des 28 rencontres. Auxquels il faut ajouter Ande Dona Ndoh (ASNL) parmi les buteurs historiques du championnat.

Le Camerounais est parmi les joueurs évoluant en Ligue 2 BKT celui qui y compte le plus grand nombre de réalisations (62). Son ancien président à Niort, Karim Fradin, a encore parlé de lui cette saison comme du « meilleur joueur de tête du championnat », dans l’Est républicain. « Le point fort d’Ande, ce n’est pas la technique, mais il a tout le reste pour être très performant en Ligue 2 BKT. Il a le but dans le sang ».

L’ancien Havrais (34 ans) a ajouté la saison écoulée une 62e réalisation dans le championnat, son unique but sous d’autres couleurs que celles des Chamois Niortais, dont il est le meilleur réalisateur historique. Pourtant à son arrivée en 2014, Dona Ndoh n’entendait parler que d’Emiliano Sala qui venait de claquer 18 buts lors de son prêt la saison précédente. Mais lui souhaitait s’inscrire dans la durée au club, « marquer l’histoire ». Et s’il a goûté à la Domino’ Ligue 2 au HAC en 2007, c’est bien dans les Deux-Sèvres, où il a atterri dix ans après son arrivée en France avec Jean-Marc Nobilo (2004), que l’actuel Nancéien a affiché des qualités retrouvées chez bon nombre de buteurs « made in Ligue 2 » : à savoir la générosité dans les efforts et la science du but. Pour cela, il a notamment pu compter sur les conseils de Lilian Laslandes à ses débuts chez les Chamois : « Il m’a beaucoup soutenu et nous avons tout de suite eu un bon feeling », se rappelait le Camerounais.

Mais son unique but en 21 apparitions en 2019/20 sonne comme un semi-échec au sein d’un nouveau club pour l’ancien top buteur de National avec Luzenac (2014), qui n’avait jamais connu une saison aussi sèche depuis dix ans. Malgré cela, l’attaquant a été un « exemple pour le groupe », a expliqué son coach Jean-Louis Garcia. « Ande a fait preuve de leadership et d’esprit collectif. Il a une mentalité exceptionnelle. C’est un exemple à suivre pour les plus jeunes joueurs ».

Ande Dona Ndoh n’est pas le seul buteur à avoir ferraillé dans les divisions inférieures. Avec ses 57 unités en Ligue 2 BKT, Yoann Touzghar ne déroge pas à la règle : lui qui pointe à la 2e place du classement historique des buteurs actuellement en Ligue 2 BKT. Autre ancien du championnat, l’international Tunisien (33 ans) a marqué quatre buts avant de se blesser en novembre dernier avec l’ESTAC, club face auquel il avait signé sa 1ère réalisation avec l’Amiens SC, il y a neuf ans. Un championnat que Touzghar n’a découvert qu’à 24 ans, mais qu’il n’a ensuite quitté que pour accompagner le RC Lens, monté en 2014, et vivre l’année suivante une expérience à l’étranger (Club Africain, Tunisie). Si à Auxerre (16/17), son coach Viorel Moldovan, ancien grand buteur et champion avec le FC Nantes en 2001, voyait en lui un « grand sens du but », il n’y a pas connu la réussite (12 matchs, 3 buts). Celle-ci est vite revenue la saison passée dans l’Aube. Avec Rui Almeida, le Franco-Tunisien a réalisé son record de buts lors d’un même exercice avec l’ESTAC (14), dans un 3-5-2.

Révélé sur le tard au FC Rouen (National), Rémy Dugimont est à 34 ans un autre historique de l’antichambre de l’élite, où il pointe à 50 unités en 224 rencontres après l’exercice 2019/20. Il est certainement l’un des mieux placés pour évoquer le niveau actuel de la Ligue 2 BKT et rappeler que tout peut y aller très vite. « Ce championnat monte en puissance. C’est vrai que c’est aussi un championnat très physique et où rien n’est jamais joué pour personne. », expliquait-il sur le site de So Foot. Une façon de dire que le niveau moyen du championnat a progressé et que par conséquent les buteurs doivent y redoubler d’efforts. Nous sommes loin des années 80 où un Roby Langers alors en tête des buteurs avec Orléans résumait la différence entre les deux championnats par un : « En D1, on joue au ballon, alors qu’en D2 on prend des coups ».

Classé aussi parmi les tops buteurs actuels de Ligue 2 BKT, Romain Armand vient aussi de plus bas. Pour sa part, le nouvel attaquant palois a surfé la saison passée avec le Paris FC sur la précédente record avec le Gazélec (13 buts, 43% des buts de l’équipe), en trouvant la faille à sept reprises au sein de son 5e club en carrière dans le championnat (MHSC, Clermont, US Orléans). En dix saisons de Ligue 2 BKT, l’attaquant à l’accent trahissant ses origines d’Orange (Vaucluse) s’est affirmé, lui qui vient de réussir ses deux meilleurs totaux sur une saison. « J’ai compris qu’il fallait faire des efforts et c’est ce que je suis en train de rattraper aujourd’hui », confirmait-il cet hiver sur le site du Paris FC. S’il a désormais dépassé les quarante buts, Armand a aussi connu la CFA avec Sedan (16 buts), avant d’aider l’US Orléans à remonter du National : « une expérience qui m’a redonné goût au football ». Des prises de risques payantes.

Fin janvier, Armand a signé un doublé lors du spectaculaire 4-4 ramené de Niort, près de douze ans après avoir ouvert son compteur personnel à ce niveau avec Montpellier, son club formateur, sur un pénalty face à Sedan. A cette occasion, Armand avait affronté Alexandre Bonnet, de cinq mois son aîné (33 ans). Ancien de Sedan et actuel Hacman, Bonnet ne pointe lui qu’à une unité au classement historique du championnat, mais avec aussi près de 200 matchs supplémentaires au compteur (43 buts en 405 matchs). Ce qui démontre une belle continuité pour ce créateur qui n’ayant jamais été un finisseur a toujours laissé ce rôle à ses coéquipiers, dont ont fait partie les efficaces Alexis Allart (50 buts en Ligue 2 BKT), Ghislain Gimbert, Jean-Michel Lesage, ou encore Yohann Rivière et Mickaël Le Bihan.


Courtet, du bonheur loin de la Ligue 1 Uber Eats

Top buteur ajaccien la saison passée, Gaëtan Courtet fait à présent partie des buteurs de métier après avoir porté son total de buts à 51 unités en 200 rencontres de Ligue 2 BKT, grâce à dix nouvelles réalisations, dont une fameuse de près de 50 mètres sur un coup de patte de génie face à Orléans, comme en sont capables ces attaquants d’instinct. « En une seconde je tente le geste. En général, cela ne t’arrive qu’une fois dans ta carrière », nous racontait le joueur en février dernier.

Inscrire dix buts ne lui était plus arrivé depuis l’exercice 2016/17 sous les couleurs auxerroises. Une efficacité retrouvée pour celui qui avait entre-temps marqué huit fois en 53 apparitions avec les Merlus, son club formateur qu’il avait donc retrouvé une première fois avant cet été lors du mercato 2017, sept années après l’avoir quitté. A l’époque, Courtet venait de se mettre dans la poche un titre de meilleur buteur de CFA. Un départ qui avec le recul était loin d’être une déception. « Devant, il y avait Gameiro, Amalfitano. Je n’aurais pas eu la possibilité de jouer. Aller tout de suite en Ligue 1 Uber Eats, c’était clair et net : je n’avais pas le niveau. Ce départ m’a permis d’être titulaire en Ligue 2 BKT » reconnaissait-il à son retour au club, dans Ouest France.

Cela lui a aussi permis d’être sacré champion avec le Stade de Reims en 2012. Mais déjà à l’époque champenoise, qui l’avait vu quitter la Ligue 1 Uber Eats - où il avait goûté à une place de titulaire lors d’une victoire face au PSG d’Ibra et Beckham - pour la Ligue 2 BKT et le Stade Brestois et un meilleur temps de jeu - Courtet n’avait pas hésité à « regarder plus bas ». A l’hiver 2015, il avait ainsi renoué avec ce championnat, où ses qualités sont mises en lumières. « Un attaquant qui marque des buts, rapide et avec une mentalité exemplaire » résumait lors sa présentation son ex-président Yvon Kermarec. Au SB29, ce Breton avait démarré fort en scorant lors de ses trois premières apparitions, avant de signer son record la saison suivante sous les couleurs auxerroises (11 buts). Une saison 2015/16 où il a réussi la performance rare de délivrer autant de passes décisives que de buts (11), notamment à Serhou Guirassy et à Fantamady Diarra (41 buts en carrière). « Il est plus souvent à la passe car il est tellement généreux qu'il est un peu partout. », expliquait son entraîneur Jean-Luc Vannuchi.

A l’été 2019, l’histoire s’est répétée pour lui, en quittant l’incertitude lorientaise et son effectif fourni pour se laisser séduire par une aventure à l’AC Ajaccio de Pantaloni. A l’image donc de son entame de saison – il a signé les deux premiers buts corses en championnat pour tenir tête à la nouvelle pépite du HAC Tino Kadewere (2-2) – Gaëtan Courtet a de nouveau claqué dix buts en Corse. « J’ai la chance de pouvoir montrer ce que je peux apporter. J’essaye de montrer que j’ai toujours été un buteur », se réjouissait le joueur peu avant l’arrêt de la saison.

Teddy Chevalier dans l’esprit

Parmi les attaquants ayant évolué en Ligue 2 BKT la saison passée, il y a bien quelques potentiels éléments pour renforcer les rangs de ces buteurs maison, comme Ugo Bonnet (26 ans), néophyte et révélation du promu Rodez avec 11 réalisations (6e des buteurs). 

Mais peut-être pas autant que Teddy Chevalier (33 ans). Outre Gaëtan Courtet, il est aussi le seul trentenaire à figurer parmi les dix meilleurs réalisateurs de la saison avec le Valenciennes FC : Vincent Créhin (Le Mans FC) étant 12e du classement. Mais celui qui a auparavant brillé en Jupiler League n’avait encore jamais découvert les joies de marquer en Ligue 2 BKT. Le Nordiste a retrouvé sa région et aussi un club où il avait appris le métier avec la réserve, alors que l’équipe première évoluait en Ligue 1 avec un certain Steve Savidan. « Quand j’entre sur le terrain, j’ai beaucoup de caractère. Depuis que je joue au football, c’est ma force. Un jour, le coach m’a parlé et m’a dit - Il faut porter tes couilles, tu as 32 ans - J’ai répondu que j’allais les porter. J’ai tout donné et je joue comme je sais le faire. Je pense aussi qu’il fallait attendre un déclic, avec un nouveau club, la Ligue 2 BKT ». Son coach Olivier Guégan confirme : « Son caractère, ce n’est pas toujours facile. Il aime se projeter, aller de l'avant, à la bagarre. Mais c'est quelqu'un qui s'identifie aux valeurs du coin, de la région. C'est souvent avec ce genre de personnalités, ces profils atypiques, que l'on gagne les matchs. ». Autant de valeurs que l’on retrouve le plus souvent chez les finisseurs qui y ont trouvé le meilleur des terrains d’expression. Au VAFC, où Savigoal s’est relancé et Dufresne révélés, Teddy Chevalier a rapidement pris le pli de ce championnat. De quoi en faire un sérieux candidat pour venir renforcer la liste des buteurs de tradition, ceux « made in Ligue 2 BKT ».

Enfin, si ce profil si particulier de buteurs n’est plus autant légion, c’est sans doute aussi que le pont entre ce championnat et la Ligue 1 Uber Eats est plus praticable qu’auparavant pour les avant-centres. Les Giroud, Savidan, Hoarau, Pépé, Delort, Toko Ekambi, Ajorque, Bouanga et cette saison Diallo sont de beaux exemples du rôle de tremplin que peut jouer ce championnat, quand les Anthony Modeste, Diafra Sakho, Marcus Thuram, Steve Mounié, Anthony Knockaert sont ceux de sa nouvelle perception au-delà de nos frontières.

« Un jeune Français de vingt ans fait déjà preuve d'une étonnante maturité. Il est déjà fort des deux pieds et physiquement costaud. Même les joueurs de Ligue 2 ont un fort potentiel et c'est un championnat que les recruteurs allemands scrutent de plus en plus, confiait dernièrement Felix Magath, ancien coach du Bayern Munich, à L’Equipe. « Il y a encore une dizaine d'années, ils ne regardaient pas trop ce qui se passait en France. Les centres de formation des clubs français constituent une référence en Europe ». Rappelant que le passage de Papiss Cissé directement du FC Metz (Ligue 2 BKT) à la Bundesliga (Fribourg) en 2010 n’était encore qu’une exception.

Sans cette belle réputation européenne, peut-être que Jean-Philippe Mateta (Mayence), Mamoudou Karamoko (Wolfsburg), Sébastien Haller (West Ham) et autre Lys Mousset (Sheffield U) auraient davantage fréquenté les pelouses de Ligue 2 BKT pour figurer en bonne place parmi ses buteurs historiques.

Classement des meilleurs buteurs en  Ligue 2 (depuis 2007/2008) :

1.Ghislain Gimbert (91 buts en 379 matchs)

2.Mathieu Duhamel (79 buts en 196 matchs)

3.Riad Nouri (70 buts en 322 matchs)

4.Gaëtan Charbonnier (62 buts en 170 matchs)

5.Ande Dona Ndoh (62 buts en 195 matchs)

6.Grégory Thil (58 buts en 171 matchs)

7.Yoann Touzghar (57 buts en 194 matchs)

8.Claudiu Keseru (55 buts en 164 matchs)

9.Yohann Rivière (54 buts en 239 matchs)

10.Habib Diallo (51 buts en 103 matchs)

Titi Buengo (51 buts en 132 matchs)

Nicolas Fauvergue (51 buts en 164 matchs)

Gaëtan Courtet (51 buts en 200 matchs)

…15. Rémy Dugimont (50 buts en 224 matchs)

…23. Romain Armand (44 buts en 214 matchs)

Episode 2 : Les purs et durs