Olivier Kemen (Chamois Niortais FC)
Interview

Olivier Kemen : « Pour mon premier match, battre le PSG, c’est inoubliable »

Publié le 28/10/2020 à 15:35 - NM

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Joueur du mois de septembre en Ligue 2 BKT et homme de base de Sébastien Desabre depuis le début de saison, Olivier Kemen brille avec les Chamois Niortais. A 24 ans, le milieu de terrain, parti à Newcastle à 16 ans ou encore passé par l’OL, revient sur un début de carrière déjà très riche.

Le moment où il s’installe en France : « Je suis né à Douala au Cameroun. Ma mère est partie en France mais je suis resté au Cameroun avec mon père et le reste de ma famille pour me faire au pays et passer du temps avec eux. Je me souviens que je jouais déjà au foot à l’école et au quartier. Ensuite, à l’âge de six ans, comme mes parents l’avaient prévu, j’ai rejoint ma mère, mon frère et ma sœur en France. J’avais déjà la nationalité française. Je suis allé jouer à La Garennes-Colombes, mon gros club de cœur, où j’ai fait mes classes à l’école de foot. A l’époque, j’évoluais au poste d’attaquant sur les terrains de foot à 7 et, au fil du temps, j’ai reculé petit à petit. Puis j’ai joué à Boulogne-Billancourt. »

Le moment où il rejoint le FC Metz : « Je suis parti de la maison assez tôt. J’ai eu la chance d’intégrer le FC Metz, un club très familial et réputé pour la qualité de sa formation. Je suis entré en préformation à 13 ans. Avant de signer au FC Metz, j’étais proche de rejoindre l’OL. J’avais le choix entre les deux clubs mais mon entourage et moi, on a choisi Metz car c’était le projet le plus intéressant pour mon évolution en termes de scolarité et de progression sportive. Les éducateurs étaient super, ils m’ont formé en tant que jeune homme puis en tant qu’homme. Ils se concentraient vraiment sur l’humain, au-delà du footballeur. C’est un passage qui m’a marqué. »

Le moment où il est proche de se faire renvoyer : « Lors de ma première année à Metz, je n’avais vraiment pas des bons résultats à l’école. Comme le double projet sportif et scolaire était très important pour les éducateurs, ils m’ont posé un ultimatum. J’étais très proche d’être viré. Mais au même moment, on a remporté un tournoi, la PSG/Nike U15 Cup (en juin 2011). Plusieurs clubs ont commencé à s’intéresser à moi car ils savaient que j’étais susceptible de quitter Metz. J’ai notamment fait un tournoi avec Le Havre. Quand Metz s’est aperçu que des clubs voulaient me récupérer et que mes résultats scolaires étaient en nette amélioration, j’ai été convoqué et on m’a annoncé que j’étais conservé. Ça a été un déclic. Derrière, j’ai été surclassé à chaque fois. »

« Hatem Ben Arfa et Mapou Yanga-Mbiwa étaient comme des grands frères »

Le moment où il passe de Metz à Newcastle : « Je voulais signer professionnel au FC Metz, les dirigeants étaient au courant, mais cela a tardé. J’étais très attaché à la ville, au centre de formation, et c’est encore le cas aujourd’hui. Quand plusieurs clubs anglais se sont manifestés, Metz a réagi mais c’était trop tard. Finalement, j’ai signé six ans en faveur de Newcastle, à 16 ans. Là-bas, les entraînements étaient très intenses et très physiques. J’ai progressé rapidement, j’ai appris à être plus dur dans les duels, à me projeter plus vite vers l’avant, à travailler plus que les autres. J’étais au quotidien avec des joueurs comme Hatem Ben Arfa, Moussa Sissoko, Yohan Cabaye... Je pouvais m’en inspirer pour m’améliorer, aussi bien comme footballeur que comme professionnel dans la vie de tous les jours. La première fois que j’ai été convoqué dans le groupe, j’avais 17 ans et on affrontait Chelsea. Par la suite, j’ai fait presque tous les bancs des clubs de Premier League mais je ne suis jamais entré en jeu. En Angleterre, il y a vraiment une notion de patience avec les jeunes. J’en ai manqué. Le club comptait sur moi mais je voulais être davantage considéré, jouer des matchs. Je voulais tout, tout de suite, parce que je m’en sentais capable. »

Le moment où Hatem Ben Arfa prend sa défense : « A Newcastle, Hatem Ben Arfa et Mapou Yanga-Mbiwa étaient comme des grands frères. Hatem était très protecteur, il me donnait beaucoup de conseils. Il me disait toujours : « N’aie pas peur, joue ton football ». Une fois à l’entraînement, je mets un coup d’épaule à Shola Ameobi et il s’énerve contre moi. Hatem est arrivé tout de suite pour lui dire de me laisser tranquille. Quand tu as 17 ans, ça fait du bien d’avoir un tel soutien. C’était une chance de pouvoir jouer avec ce phénomène. Je n’ai jamais vu ça. Il ne forçait rien, tout était facile, c’était impressionnant. A l’entraînement, tu en viens à te dire : « J’espère que je ne serai pas au marquage sur lui. Si je suis sur lui, je vais devoir le casser ». Mais tu n’y arrives pas, ces enchaînements vont à une telle vitesse, c’est terrible. »

Le moment où il devient un cadre en équipes de France de jeunes : « J’ai intégré l’équipe de France en U16. Rapidement, je suis devenu le capitaine de cette génération. On avait un groupe très fort et très uni. Comme au fil des sélections, les joueurs ne changeaient pas beaucoup, on est devenu une vraie bande d’amis. A l’Euro U19, en 2015, on a fait un beau parcours mais on s’est malheureusement fait éliminer en demi-finales (défaite 0-2 contre l’Espagne). Jouer pour la France, c’est vraiment un honneur. A chaque rassemblement, tu vis des moments inoubliables : des rigolades dans les chambres, des victoires, des défaites… Il y avait Maxwel Cornet, Lucas Hernandez, Serhou Guirassy, Kingsley Coman… Que des joueurs qui mettaient l’ambiance. On avait Patrick Gonfalone comme sélectionneur, l’un des meilleurs de la DTN française selon moi. Il arrive très bien à s’adapter à son groupe, il est à l’écoute, il te met dans les meilleures conditions. Il m’a mis à l’aise en sélection, je ne le remercierai jamais assez. On avait une relation père-fils qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même. »

« Je suis entré dans une guerre qui n’était pas la mienne »

Le moment où il signe à l’Olympique Lyonnais : « Quand je vois les Français partir de Newcastle les uns après les autres, je fais une crise. Je me retrouve tout seul. Je veux faire comme eux mais à cette époque-là, ils ont 27-28 ans, ils ont déjà une carrière derrière eux alors que moi je viens d’avoir 18 ans. Mais je ne le voyais pas comme ça à l’époque. Je me disais : « Mes amis partent, moi aussi je veux partir ». Je suis entré dans une guerre qui n’était pas la mienne. Aujourd’hui, c’est un choix qui me laisse un goût amer. J’aimais trop Newcastle. C’est le club que j’ai le plus aimé depuis le début de ma carrière. Après l’Euro U19, je reçois plusieurs propositions et j’opte pour l’OL, un grand club qui place beaucoup d’espoirs en moi. »

Le moment où il entre en jeu contre le PSG : « Je m’en souviens très bien. Une semaine avant le match, je m’entraîne avec la réserve et la séance se passe mal. Je décide d’aller dans le bureau de Bruno Génésio et je lui dis en pleurant : « Qu’est-ce que je dois faire pour jouer ? ». Il m’a répondu : « Je vais te prendre à l’entraînement et si tu es bon, je te mets sur le terrain. » A ce moment-là, je pense qu’il a vu que j’étais prêt. Je donne tout. Il m’intègre dans le groupe puis me fait jouer contre Paris. C’était énorme, le PSG est invaincu, le stade est plein, et on les bat 2-1 en les dominant totalement (28 février 2016, J28). Pour mon premier match en Ligue 1 Uber Eats, battre le PSG, c’est inoubliable. Partir de La Garennes-Colombes et se retrouver face à l’équipe de Zlatan Ibrahimovic, c’est le rêve de n’importe quel jeune joueur. »

Le moment où il part en prêt au Gazélec Ajaccio : « Je voulais plus de temps de jeu. J’étais souvent sur le banc et même en tribune, donc j’ai demandé à être prêté. J’ai une discussion avec Bruno Génésio lors de laquelle il me confirme que c’est bouché. Le club voulait que je rejoigne Le Havre mais je ne voulais pas. Auparavant, j’avais eu une discussion avec le président du GFC Ajaccio, Olivier Miniconi, à qui j’avais donné ma parole. Je n’allais pas changer de décision. En six mois, je mets quatre buts et je délivre deux passes décisives. Je me dis que mon prêt est réussi, que j’ai fait le travail et que je vais revenir à Lyon plus fort. En plus, Bernard Lacombe me dit : « Mon petit, la saison prochaine, tu rentres à la maison ». »

« Je pense que j’aurais craqué »

Le moment où il pense revenir à Lyon mais retourne au Gazélec : « C’est une grosse déception. Je pensais avoir fait ce qui fallait pendant mon prêt. Dans ma tête, je pensais que j’allais jouer, que mon heure était arrivée. Et là, je n’entre pas dans les plans. Je n’ai jamais compris pourquoi. Je suis tellement passionné de foot, des matchs, que je décide de repartir en prêt. Je préférais jouer que rester dans cette situation. A la fin de mes six mois au Gaz’, Christophe Ettori m’avait convoqué pour me dire qu’il souhaitait prolonger mon prêt. Je lui avais répondu que je n’étais pas sûr de revenir en Ligue 2 mais que si c’était le cas, ce serait ici. Je tiens encore ma parole, je reviens et je joue sous les ordres d’Albert Cartier, l’ancien entraîneur du FC Metz qui ne voulait pas que je parte à Newcastle pour que je travaille avec lui. Je fais une moins bonne saison que lors de mon premier prêt. Je me fais deux grosses blessures, une entorse du genou et une de la cheville, mais je mets quand même trois buts et trois passes décisives en 26 matchs. »

Le moment où il passe en réserve : « Il ne me restait plus qu’un an de contrat avec l’OL. Je n’avais pas trop de solutions pour partir. Je me retrouve à jouer au sein de l’équipe réserve sauf que je ne faisais pas les matchs le week-end, car le club mettait en avant ses jeunes. De temps en temps, je m’entraînais avec l’équipe première et les joueurs se demandaient pourquoi je ne jouais pas avec eux. Mentalement ? C’était une très bonne école, je le prends comme ça. J’aime la difficulté, c’est dans ces moments qu’on se découvre. Je me suis servi de cette expérience pour grandir. Comme je suis très croyant, j’arrivais à rester solide, à relativiser mentalement. Sans cela, je pense que j’aurais craqué. Je me concentrais sur l’essentiel : mes enfants et mon épouse. Mais je continuais de travailler. Le travail, ça paye toujours. Dans ma tête, je savais que les autres clubs me connaissaient, ils n’allaient pas m’oublier. »

« Je suis devenu vegan »

Le moment où il rebondit à Niort : « La vérité, c’est que je suis venu à Niort pour une personne : Mikaël Hanouna (le directeur sportif). Pour me convaincre de rejoindre le club, il est venu en bas de l’immeuble où je séjournais. On a bu un café et il m’a expliqué qu’il croyait en moi. Après ça, je me suis dit : « Ce monsieur, il est particulier, j’aime sa manière d’être ». Dans sa façon de me parler, j’ai compris qu’il comptait vraiment sur moi, qu’il voulait me relancer. J’étais très proche de signer dans un club allemand puis je me suis dit : « Pourquoi pas ? Au lieu de privilégier l’argent, je vais faire le choix de rejouer au foot ». Après un an sans compétition, j’avais tellement envie de reprendre du plaisir, de retourner aux fondamentaux, que sa proposition était magnifique. Elle tombait au bon moment. »

Le moment où il décide de changer d’alimentation : « Avant le confinement, j’ai eu une grosse discussion avec mon agent (Meïssa N'diaye). On s’est dit : « Clairement, on a fait la saison, on a eu ce qu’on voulait, c’est bien. On sait ce que tu peux faire. Si tu performes, ce n’est pas une surprise. Maintenant, on va mettre des choses en place pour que tu puisses tout casser ». Et j’ai totalement changé mon alimentation, je suis devenu vegan. J’ai complétement modifié mes fréquences de sommeil et de travail. Pendant le confinement, je m’entraînais trois fois par jour, puis deux à trois fois pendant les vacances. Résultat : j’ai perdu presque 9 kilos. On a travaillé pour que je gagne en muscle au niveau des cuisses afin d’être plus explosif. On a également mis en place un travail pour que je sois capable de multiplier les courses à haute intensité pendant un match, pour être capable de faire le pressing, d’aller chercher le ballon dans les pieds de l’adversaire… Mes performances de ce début de saison, c’est simplement le travail qui porte ses fruits. Je suis malade de travail, j’ai toujours besoin d’en faire plus. »