Prince Oniangué (SM Caen).
Interview

Prince Oniangué : « Pourquoi pas être la surprise de la saison »

Publié le 14/10/2021 à 15:26 - NM

Partager

Le début de saison du SM Caen, son rôle dans le maintien du club en Ligue 2 BKT, sa force de caractère, l’arrivée de Stéphane Moulin, son repositionnement en défense centrale ou encore son nouveau statut de capitaine, Prince Oniangué se livre en longueur.

Quel est votre regard sur le début de saison du SM Caen ?
On a très bien commencé le championnat, avec une solidité défensive assez remarquable, puis on a eu une cascade de blessures. Cela nous a contraints à modifier nos plans et, malheureusement, nos résultats ont été impactés. Maintenant, c’est à nous de retrouver ce qui a fait notre force, c’est-à-dire notre solidité, mais aussi de nous montrer efficaces sur le plan offensif.

Le recrutement tardif semble également avoir eu un impact…
Effectivement, cela a joué. Les nouveaux joueurs viennent seulement de trouver leur logement. On sait tous que lorsqu’on arrive dans un club, on aime être installé le plus vite possible pour favoriser notre adaptation. On doit aussi rapidement créer des automatismes avec le groupe. On est en train de rattraper le retard. On commence à récupérer des joueurs, à l’image de Nuno Da Costa, donc les planètes commencent à s’aligner. Et quand elles vont l’être, je sais que le SM Caen va décoller.

Après deux derniers exercices délicats, avez-vous le sentiment que le club se dirige dans la bonne direction ?
Oui ! C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de changements ces dernières années. Aujourd’hui, le club est en train d’être restructuré avec des mouvements en interne. Il fallait reconstruire des fondations solides pour permettre au club de lancer une nouvelle dynamique. Désormais, on sent un climat de paix, une harmonie avec les supporters et le cadre de travail est agréable : toutes les conditions sont réunies pour que ce club reparte de l’avant. Le SM Caen a un avenir à court et moyen terme dans l’élite du football français.

« C’est le point de départ du nouveau projet du SM Caen »

Vous avez eu un rôle capital dans le maintien du SM Caen en fin de saison dernière. Pouvez-vous revenir sur votre influence à ce moment-là ?
On vivait une période très difficile. Après notre défaite à Toulouse (3-0, J37), on avait plus qu’une semaine pour sauver le club, donc je me suis dit que c’était le moment ou jamais de remobiliser la ville. Comme j’ai grandi à Caen, avant de partir à Rennes à l’âge de 16 ans, je n'avais que de mauvais échos venant de la ville, tout le monde était à terre, plus personne ne croyait au maintien du club. A partir de là, j’ai sollicité l’actionnaire Pierre-Antoine Capton et le président Olivier Pickeu afin d’avoir un entretien avec Jean-François Fortin (président du SM Caen de 2002 à 2018). Sachant qu’il a une influence considérable au club et dans la ville, je voulais qu’il nous aide à créer une énergie positive autour de l’équipe. Il m’a reçu et cela a eu l’effet escompté. Il a fait un travail remarquable et a réussi à insuffler une unité au sein de tous les corps de métiers pour ce dernier match. Finalement, ces bonnes ondes ont penché en notre faveur et on a même évité les Barrages. C’était assez miraculeux et ça reste un souvenir inoubliable. C’est le point de départ du nouveau projet du SM Caen.

Vous avez également échangé avec les supporters.
Bien sûr. J’ai eu un discours particulier auprès d’eux. D’abord, ils m’ont demandé que tous les joueurs mouillent le maillot pour le dernier match. Je leur ai répondu qu’on allait le faire et que je m’engageais à prendre cette responsabilité. Ensuite, je leur ai posé une question : « Une entreprise peut-elle fonctionner sans cohésion ? » Ils m’ont répondu que non. J’ai alors dit : « Vous nous demandez quelque chose alors on va faire de même. Laissez toute la colère, la rancune de ces dernières années, toutes vos pensées négatives de côté et on s’accorde. Vous nous supportez, vous restez positif et on tire dans la même direction. » On avait eu cette discussion à deux jours du match au stade Michel d'Ornano, il y avait beaucoup de tensions et finalement le climat s’est apaisé. Tout le monde était conscient de la situation dans laquelle on était. Aujourd’hui, je suis très content qu’on ait réussi tous ensemble à renverser cette montagne qui était devant nous.

Sur le terrain, vous avez tenu vos engagements en marquant le premier but.
Certes, je marque le but déclencheur mais quelques minutes plus tard Clermont égalise. La bonne histoire, c’est que Pierre-Antoine Capton et Olivier Pickeu nous avaient montré une vidéo la veille qui expliquait que le SM Caen obtenait souvent son maintien dans les arrêts de jeu. Donc, dans tous les cas, on savait qu’il ne fallait pas lâcher. Alors qu’il restait seulement quelques secondes après le but de Clermont, je suis allé voir tous mes coéquipiers pour leur dire qu’on allait le faire et que ce n’était pas possible autrement. On engage et sur l’action suivante, on obtient un pénalty avec beaucoup de réussite et Benjamin Jeannot délivre la ville. C’était juste extraordinaire.

Vous semblez avoir la capacité à vite repartir de l’avant. D’où vient votre force de caractère ?
Je pense qu’elle vient de ma foi en Dieu mais aussi mon histoire familiale. Mon père était garde du corps du président de la République du Congo avant d’être victime d’une tentative d’assassinat et de recevoir six balles le 25 décembre 1993. A l’époque, j’ai cinq ans et il est rapatrié d’urgence par avion présidentiel à Paris. On lui annonce qu’il sera paralysé à vie parce que la moelle épinière est touchée. Finalement, six mois plus tard, il était debout, il courait et jouait avec mon frère et moi au basket et au foot. Cet évènement m’a fait comprendre que même si on nous dit que c’est impossible, en réalité, il y a toujours une possibilité. Je me relève vite et j’ai la capacité à remobiliser un groupe et un club grâce à cette expérience. J’aime les défis et la difficulté.

« Stéphane Moulin a une analyse précise et juste du football »

Stéphane Moulin est arrivé cet été sur le banc du SM Caen. Que vous apporte-t-il au quotidien ?
Il nous transmet sa rigueur et sa discipline tactique. Comme on a un groupe assez jeune, il nous habitue à répéter encore et encore les situations pour avoir des automatismes. Il veut que son équipe soit solide et difficile à jouer. Il apporte également une énergie toujours positive. Après, il ne nous cache pas que pour retrouver l’élite, c’est mieux d’avoir une équipe expérimentée. Il nous a expliqué dès le début de saison qu’il a rarement vu une équipe monter avec autant de jeunes. Le club a un projet de remonter sur trois ans et les choses vont progressivement se mettre en place. Pour l’instant, il a pour ambition de faire progresser les nombreux jeunes que nous avons avec l’aide des anciens pour petit à petit obtenir un effectif mature. Comme il le dit si bien : « Une montée, ça ne se décrète pas, ça se construit. » Et on est actuellement dans cette phase de construction. C’est une véritable chance que Stéphane Moulin soit au SM Caen.

Vous l’avez côtoyé de loin au SCO lors de la saison 2009/10 lorsqu’il dirigeait la réserve et de près lors de votre deuxième passage au club en 2018. Sur quels aspects a-t-il évolué ?
Il a pris énormément d’assurance. Entre mon premier et mon deuxième passage à Angers, j’ai vu quelqu’un qui maîtrisait désormais parfaitement son sujet. Il a réussi à passer l’obstacle du groupe professionnel et reproduire ce qu’il savait bien faire avec la réserve. Et c’est la difficulté du métier d’entraîneur. Aujourd’hui, il a grandi en autorité, son discours à du poids, il connaît parfaitement sa méthodologie et il a une analyse précise et juste du football. En interne, il a fixé un cadre. Il nous dit qu’on ne le verra jamais avoir des états d’âme et celui qui ne veut pas respecter le cadre, il pénalisera le groupe et se pénalisera avant tout lui-même. C’est vraiment agréable de travailler avec lui, que ce soit au niveau de ses entraînements ou de son discours. Sa méthode est largement du niveau Ligue 1. C’est pour toutes ces raisons que je suis très content de son arrivée et que je suis confiant pour l’avenir.

Sa méthodologie semble vous marquer. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Ce qui me frappe, c’est qu’elle est cohérente et reflète la réalité. On s’en aperçoit avec nos derniers résultats. Sur certains matchs, on a essayé d’aller presser et d’avoir la possession pour finalement ne pas avoir de résultat. Sa volonté d’avoir une équipe solide, quitte à ne pas avoir le ballon, elle est justifiée. C’est sur ça qu’on s’est appuyé au début de la saison et qu’on doit tâcher de retrouver dès ce week-end face au Havre. Quand on s’ouvre trop, on a vu ce qui s’est passé face à Valenciennes. On n’a, entre guillemets, pas respecté le plan de jeu, on a pressé de manière désordonnée et on s’est pénalisé tout seul. C’était un match à domicile, donc on avait cette envie d’enflammer le public, mais on s’est rendu compte après coup qu’il fallait vraiment suivre ce que le coach nous demande. Le match référence, c’est celui à Toulouse. Il nous a demandé de bien défendre, et même si on a pris deux buts, on a fait un gros match et on a fait tomber le leader pour la première fois cette saison. Si tout le monde suit le coach, même avec un groupe jeune, on peut faire de belles choses et pourquoi pas être la surprise de cette saison.

Vous évoluez désormais en défense centrale après avoir joué de nombreuses saisons au milieu de terrain. Quels changements ça implique dans votre jeu ?
Déjà, j’aime beaucoup le milieu de terrain (rires). On a eu une discussion avec le coach et comme j’ai été important au poste de défenseur central en fin de saison dernière, on s’est mis d’accord pour que j’évolue derrière. C’est à ce poste que je suis monté chez les pros à Rennes. Le plus gros changement, c’est que je peux rarement participer aux actions offensives. Il faut également tout le temps rester vigilant. C’est-à-dire que pendant que les autres tentent de déstabiliser le bloc adverse, il faut toujours anticiper les éventuelles pertes du ballon. J’insiste mais c’est un poste qui demande de redoubler de concentration. Le placement est très important, il faut avoir de la maturité. Par exemple, quand on sait qu’un attaquant est rapide, ça se joue souvent avec l’expérience et sur des détails. Enfin, lorsqu’on a le ballon, il faut également se limiter à des choses simples : un contrôle et une passe.

« Je n’ai pas attendu d’avoir le brassard pour être un leader »

Vous marquiez régulièrement pour un milieu de terrain, est-ce que cela vous manque ?
J’avoue ! Quand on regarde ma carrière, j’arrive pratiquement à 50 buts tous clubs confondus (48), donc j’ai toujours ce côté où j’ai envie de me projeter, mais je suis limité. Le coach le sait. D’ailleurs, il m’a dit que s’il y a des blessés ou autres, il n’est pas impossible que je rejoue au milieu. Même si c’est pour quelques minutes, comme face à Nancy, ça me convient. Mais c’est bien d’être polyvalent, cela me permet d’avoir plus de chances de jouer et j’offre plusieurs options au coach. C’est un privilège de pouvoir jouer chaque match, je ne vais pas me plaindre de mon utilisation. Après, au sein du club et même de mes coéquipiers, ils me préfèrent au poste de défenseur. Ils me disent que je rassure derrière et que j’apporte de la sérénité.

Vous avez récupéré le brassard de capitaine cette saison, est-ce que vous vous attendiez à cette nomination ?
Je n’y pensais pas. Comme je l’ai dit au coach, je n’ai pas attendu d’avoir le brassard pour être un leader. Il m’a expliqué que j’étais le seul joueur qu’il connaissait en arrivant ici et que c’était un choix logique de me le donner au vu de notre relation depuis Angers. Je l’ai accepté volontiers. Cela m’aide à me responsabiliser davantage auprès des jeunes qui découvrent le groupe professionnel.

Vous avez un rôle particulier auprès d’eux ?
Avec, ce pouvoir d’autorité qui m’a été donné grâce au capitanat, je peux asseoir mon rôle de grand frère dans le vestiaire et aider à faire grandir les jeunes du club. Comme j’ai été préformé au Stade Malherbe jusqu’à mes 16 ans, je connais très bien le club et je suis passé par le même chemin qu’eux. Ça me permet de pouvoir partager mon expérience et de donner des conseils en connaissance de cause. Ce qui est appréciable et agréable, c’est qu’ils sont à l’écoute. Par exemple, Brahim Traoré, qui a joué à 17 ans un match aussi capital que celui du maintien, il me demande de beaucoup lui parler sur le terrain pour l’aider à avoir des repères. Ils ont beau avoir appris avec leurs formateurs, quand ils arrivent dans le grand bain, ils ont besoin que les joueurs d’expérience les rassurent et les guides. J’essaie aussi de leur faire passer le message qu’une carrière va vite, qu’il est difficile de durer et que pour cela, il faut être rigoureux et discipliné.

Plus généralement, qu’est-ce qu’implique le rôle de capitaine au quotidien ?
Je sais que je dois être irréprochable sur le terrain et exemplaire au quotidien. Un capitaine, c’est comme un berger avec ses moutons, il est là pour surveiller et encadrer. Si je commence à arriver en retard, la porte va être ouverte pour tout le monde. Un capitaine va être tout de suite ciblé et vu par les autres. Dernièrement, on a eu un match délicat à gérer face à Dijon où j’aurais pu exploser, propager ma colère à l’ensemble de mes coéquipiers et les pénaliser, mais j’ai préféré calmer tout le monde et temporiser. C’est vrai qu’il y a eu des erreurs et l’arbitre les a reconnues, mais on fait un sport très médiatisé, il y a des familles et des enfants qui regardent, donc il y a des limites à ne pas franchir. On peut ne pas être d’accord, mais il y a des choses à ne pas faire. C’est ma mentalité. C’est ce que j’essaie d’apporter en tant que capitaine. Avec le recul, mes coéquipiers m’ont dit que j’avais raison et je leur ai répondu qu’il fallait réagir de cette manière pour éviter de nous prendre des cartons inutiles et qu’on soit pénalisé pour plusieurs matchs. En tant que capitaine, je ne suis pas là pour être gentil, je dois dire les choses, mais je dois avant tout, dans les gestes et le comportement, avoir une attitude exemplaire.