Interview

Jordan Galtier : « Ce n’est pas le système qui importe, c’est l’animation »

Publié le 12/01/2022 à 10:16 - Arnaud Di Stasio

Partager

Entraîneur adjoint d’Olivier Pantaloni, Jordan Galtier est également le (jeune) responsable méthodologique du centre de formation de l’AC Ajaccio. Trajectoire, modèle de jeu, influences, rôle, Savanier… Entretien.

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le métier d’entraîneur si jeune ?
La première des choses, c’est que je n’ai pas eu la carrière de joueur attendue. J’étais un espoir de ma génération et je n’ai pas réussi à percer dans le monde professionnel, ce qui a été une grande frustration. Je me suis alors réfugié dans les diplômes d’entraîneur. La deuxième raison, c’est que j’ai eu de gros problèmes de genou dès l’âge de 20 ans. Plutôt que de continuer à jouer avec des douleurs au niveau amateur, j’ai décidé d’arrêter vers 26-27 ans pour me lancer pleinement dans le métier d’entraîneur.

Passer les diplômes d’entraîneur était une évidence ?
J’ai passé mes premiers diplômes à 18 ans, avant même de m’apercevoir que je n’allais pas pouvoir faire une grande carrière. Mais à Arles-Avignon, en Ligue 2, je voyais bien que je ne faisais pas partie des plans des différents entraîneurs. J’ai vite dû réfléchir à une reconversion et j’étais tellement passionné qu’il m’était impossible de quitter le foot. Au départ, j’avais pensé devenir analyste vidéo. Je me débrouillais bien avec mon ordinateur, comme beaucoup de jeunes de ma génération, et ça m’intéressait d’analyser le jeu des équipes adverses, les joueurs… Mais j’ai suivi une formation pour devenir entraîneur qui m’a ouvert les yeux. J’ai pu mettre en pratique différents types de séances, de procédés et ça m’a plu d’emblée. Et puis, dès le centre de formation d’Auxerre, j’envisageais la chose. A l’époque, on nous répétait tout le temps de penser à la reconversion, à un plan B, de faire attention au scolaire…

C’est à Lège-Cap-Ferret, en National 3, que vous débutez comme coach…
Quand mon contrat avec Arles-Avignon a pris fin en 2013, j’avais deux ou trois clubs de National qui s’intéressaient à moi, notamment le FC Rouen, mais le club a été mis en liquidation judiciaire pendant l’été. J’ai finalement fait un essai de deux mois dans un club pro belge qui a également été mis en liquidation judiciaire… J’y ai vu un signe : joueur professionnel, c’était terminé pour moi. Je me suis dit : « Trouve-toi un club où tu vas pouvoir prendre du plaisir et apprendre le métier d’entraîneur ». Je suis donc parti du côté du Bassin d’Arcachon, d’où est originaire ma belle-famille, et j’ai commencé par entraîner les U11 de Lège-Cap-Ferret. J’ai ensuite pris les U17, puis je suis devenu entraîneur adjoint en National 3, tout en continuant à jouer. Le coach, Alexandre Torres, a fini par partir et on m’a confié la responsabilité de l’équipe première lors de l’été 2016, alors que j’avais 27 ans. Mes deux saisons à ce poste n’ont pas été faciles parce que c’était un autre métier qu’entraîner les jeunes. Mais je me suis forgé un caractère. J’ai pu essayer de mettre en place des idées et me confronter à l’échec.

« C’était une bouteille à la mer »

Comment êtes-vous passé du Bassin d’Arcachon à l’AC Ajaccio ?
J’avais envie de retrouver le monde professionnel et ses exigences. J’ai donc contacté Sébastien Bannier, le directeur du centre de formation de l’ACA de l’époque, pour lui dire que j’étais ouvert à tout projet si jamais il recherchait un éducateur. C’était une bouteille à la mer mais, seulement 10 minutes plus tard, il m’a répondu en me demandant si le poste d’entraîneur des U17 nationaux pouvait m’intéresser. C’était exactement ce que je recherchais ! Quelques semaines plus tard, en mai 2018, c’était validé.

Comment connaissiez-vous le directeur du centre de formation de l’ACA ?
Quand j’entraînais Lège-Cap-Ferret, il s’occupait de la réserve des Girondins de Bordeaux avec Patrick Battiston. A l’époque, j’allais souvent au Haillan pour apprendre mon métier, observer les séances des pros comme des équipes de jeunes, car j’étais resté proche de plusieurs personnes au club après avoir joué deux ans avec la réserve des Girondins à la fin des années 2000. Et lors de mes passages au Haillan quelques années plus tard, j’avais rencontré M. Bannier et on avait échangé nos numéros. C’est un peu le fruit du hasard si j’ai pu rejoindre l’ACA. Je suis arrivé sur la pointe des pieds, très heureux de retrouver une structure professionnelle, dans un cadre idyllique, dans un club qui voulait développer la formation…

Justement, pouvez-vous nous parler de la politique de l’AC Ajaccio vis-à-vis des jeunes ?
Les grandes lignes sont communes à beaucoup de clubs. L’ACA a amorcé un virage il y a deux ou trois ans avec l’idée de développer son centre de formation et d’intégrer des jeunes au groupe professionnel. Le principal artisan de ce renouveau s’appelle Johan Cavalli, qui était le capitaine emblématique de l’ACA, une légende du club. Après sa carrière de joueur, il est devenu coordinateur sportif de l’ACA. Comme il a été formé au FC Nantes, il a pas mal d’expérience en termes de formation et il essaie de transmettre ça à tous les étages du club. L’idée est d’avoir une politique commune, la même méthodologie quelle que soit la catégorie d’âge et de créer une passerelle entre le centre de formation et l’équipe professionnelle.

« Chaque procédé d’entraînement doit se référer à notre modèle de jeu »

Vous évoquez la méthodologie. Un domaine qui vous connaît puisque vous êtes non seulement entraîneur adjoint mais aussi responsable méthodologique du centre de formation…
Avant d’intégrer le staff professionnel, Patrick Leonetti, l’actuel directeur du centre de formation, et Johan Cavalli m’avaient sollicité pour mettre en place une méthodologie commune à toutes les équipes de jeunes. Un projet qui entrait dans le cadre de ma formation du formateur à la DTN. Je leur ai présenté une semaine type avec des entraînements articulés autour de la tactique. Tous les facteurs de la performance sont liés afin de développer toutes les structures du joueur pendant sa formation. Comment ça se déroule ? On travaille par semaine avec, selon les jours, différents principes (collectifs), sous-principes et sous-sous-principes de jeu (individuels). On s’inspire fortement de la périodisation tactique du Portugais Vitor Frade.

Pouvez-vous nous en dire plus ?
Vitor Frade est un universitaire portugais qui a théorisé la périodisation tactique dans les années 70. Ce n’est donc pas une méthodologie nouvelle. Ces dernières années, elle a été mise en avant par José Mourinho même si beaucoup d’entraîneurs s’y sont mis. Cette méthodologie priorise l’aspect tactique et la manière dont on aimerait que notre équipe s’exprime en compétition, en y associant les différentes réponses motrices et techniques. Nous voulons que nos joueurs donnent du sens à leur jeu. Chaque procédé d’entraînement, qu’il soit technico-tactique ou athlétique, doit se référer à ce qu’on appelle notre modèle de jeu, qui est l’élément indispensable de cette méthodologie. Ce n’est pas une voie facile mais c’est ce qu’on essaie de mettre en place à l’ACA.

Quelle est la place de la périodisation tactique en France ?
De plus en plus de clubs fonctionnent avec cette méthodologie. Certains centres de formation s’en inspirent, d’autres font croire qu’ils s’en inspirent car c’est un peu la mode. A l’ACA, on n’a pas la prétention de dire qu’on applique la périodisation tactique à 100% mais on s’en inspire fortement. En Ligue 1, le LOSC fonctionnait comme ça et je pense que c’est encore le cas. André Villas-Boas s’appuyait sur la périodisation tactique à l’OM, comme Alain Casanova à Toulouse il y a quelques années. C’est aussi le cas de mon père à Nice en ce moment.

« Je suis plus sensible à la périodisation tactique »

Pourquoi faire primer la tactique sur la technique et le physique ?
Ma conviction profonde est que le foot est un sport collectif qui se base à 85% sur la perception. On est toujours en train de prendre des informations. Chaque geste technique, chaque mouvement, est le résultat d’une perception. Si on perçoit, alors on réalise. Si le joueur est bien placé, il va pouvoir réaliser le geste correct. J’ai peut-être cette vision car, comme joueur, je n’avais pas beaucoup de qualités athlétiques. C’est le moins qu’on puisse dire (rires). Je devais donc réfléchir au maximum pour compenser ce déficit. Mon vécu m’a fait aller vers cette méthodologie-là mais également le fait de se poser les bonnes questions. Comment battre un adversaire en fonction d’un système ? En fonction des espaces à exploiter ? Ce n’est pas forcément le joueur le plus rapide qui va marquer un but, c’est ce qui est intéressant dans le foot. Je me pose beaucoup de questions, je lis beaucoup, je m’intéresse aux différentes méthodologies… Car attention, il y a d’autres méthodologies hyper intéressantes même si je suis plus sensible à la périodisation tactique.

Comment choisit-on un système de jeu ?
Je n’ai pas de système favori. Ce n’est pas le système qui importe le plus, c’est l’animation qu’on y met. On peut très bien commencer en 4-4-2 et se positionner en 3-4-2-1 avec la balle. Que veut-on faire ? Quel espace veut-on attaquer ? Que veut-on faire croire à l’adversaire ? Tout ça en fonction des caractéristiques des joueurs. Avec les U19 de l’ACA, j’ai parfois joué en 3-4-3. Non pas par conviction mais parce que j’avais les joueurs pour. Même chose lorsqu’on a joué 4-1-4-1 avec l’équipe U17. On s’organise en fonction de notre modèle de jeu, des espaces qu’on veut exploiter et des joueurs. Selon si notre adversaire nous presse à deux, trois ou quatre attaquants, on va adapter notre première ligne de relance. Puis, on va positionner des joueurs entre les lignes, dans les espaces où l’on pense l’adversaire vulnérable. Ça peut être extrêmement mouvant. Le système doit être flexible.

Quand vous parlez de la première ligne de relance, l’idée est d’avoir toujours un joueur de plus par rapport aux adversaires qui pressent ?
Le +1 à la relance est un principe de base. Mais si les adversaires pressent à deux attaquants et que j’estime nos deux défenseurs centraux meilleurs que leurs attaquants, on peut rester en un pour un. Ce n’est pas souvent le cas mais ce n’est pas un problème. Ensuite, il faut déterminer quel homme libre trouver. Plutôt le gardien ? Plutôt le latéral qui s’insère dans la première ligne ? La deuxième ? Tout dépend du contexte du match.

« On essaie de mettre en place une structure commune »

On sait que certains clubs à l’identité de jeu marquée font évoluer leurs équipes de jeunes dans le même système que leur équipe première. Utilisez-vous ce type de principes communs à l’ACA ?
Ça peut y ressembler mais on ne va pas aussi loin car on souhaite que chaque coach mette sa personnalité au service des jeunes. Mais on essaie de mettre en place une structure commune. Comme les pros jouent en 4-4-2, on oriente les éducateurs vers ce système pour qu’il y ait des passerelles plus rapides entre le centre de formation et l’équipe première mais on ne l’impose pas. Dans la semaine, la priorité est de travailler en fonction du match à venir ou du match passé. Il n’y a pas de programme type pour la semaine 1, la semaine 2, la semaine 3… C’est selon le ressenti de l’entraîneur. S’il estime que son contre-pressing n’a pas été performant, libre à lui de le travailler. C’est lui qui choisit les principes de jeu qu’il va travailler parmi la quinzaine de principes qu’on a établis en amont avec Patrick Leonetti et Johan Cavalli. Les éducateurs les connaissent et les mettent en place pour que le modèle de jeu de leurs équipes soit semblable à celui de l’équipe pro. Voici un résumé un peu barbare de ce qu’on essaie de faire.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples précis parmi ces principes de jeu ?
Il y a des principes de jeu offensifs, défensifs, de transition… Un de nos principes offensifs de base est de battre la première ligne adverse. Comment ? En attirant le pressing et en occupant de façon rationnelle l’espace de jeu. Un deuxième principe consiste à assurer la continuité de la circulation. Un autre est d’identifier et exploiter les espaces. Ce sont trois principes dans notre première phase de construction. Mais ensuite, libre aux éducateurs de trouver les sous-principes qui correspondent aux caractéristiques de leurs joueurs. Mais on veut voir ces principes lorsqu’on va observer les matchs de nos équipes de jeunes.

En parallèle de votre poste d’adjoint, vous continuez donc de superviser les équipes de jeunes ?
Tous les jours. Le matin, je fais l’entraînement des pros et l’après-midi, je suis souvent avec les U19. Mais attention, je n’y vais pas pour évaluer. Les entraîneurs sont libres de faire ce qu’ils veulent dans le cadre qu’on a défini, avec certaines méthodes d’apprentissage et d’interaction avec les joueurs. Je ne suis pas là pour surveiller les formateurs mais pour me nourrir de leur expérience car, bien souvent, ils en ont plus que moi. Il y a aussi un échange permanent à assurer. Leur retour est primordial. C’est hyper important qu’ils puissent me dire : « On n’est pas d’accord sur telle méthodologie, on va s’adapter ».

« Avec Olivier Pantaloni, on apprend à se connaître »

Quelle est votre relation avec Olivier Pantaloni ?
Avant cette saison, on se croisait presque tous les jours et on échangeait de temps en temps. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son travail. On avait une relation cordiale et professionnelle. Désormais, on apprend à se connaître et il est totalement l’homme que je voyais en dehors des terrains : ouvert, avec beaucoup d’humour, très calme, qui sait parfaitement gérer les moments de tension et d’euphorie d’un vestiaire. Il a aussi cette pudeur qui caractérise le peuple corse. C’est un homme d’une grande richesse, qui m’apprend énormément au quotidien, moi qui suis jeune et parfois impulsif.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ses qualités de management ?
Le meilleur exemple, c’est la préparation de notre déplacement au Havre en décembre (0-1). On connaît les antécédents entre les deux clubs ces dernières années, avec Olivier et certains membres du staff actuel qui étaient déjà là. Mais le coach n’a jamais parlé de ça durant la semaine. Son discours a toujours été d’aller faire une grosse performance collective au Havre et de faire abstraction du passé. Sa sérénité et son calme rejaillissent énormément sur l’équipe. Quand je revisionne les matchs, c’est frappant. Il est très calme au bord du terrain et ses consignes sont pertinentes et claires, ce qui permet aux joueurs d’être concentrés sur le plan de jeu. La saison dernière, lorsque c’était compliqué niveau résultats, son comportement était identique, ce qui est très appréciable.

Quel est votre rôle exact au sein du staff ?
Sur l’aspect tactique, je suis chargé de l’observation des adversaires et des montages vidéo à présenter aux joueurs. Au quotidien, avec le préparateur physique Tom Frère, on construit et on anime les deux premiers procédés d’entraînement de la séance en fonction des attentes d’Olivier. Puis, il prend la partie tactique en main, souvent en fin de séance. Sinon, c’est un rôle d’adjoint classique. Quand je suis arrivé dans le staff, on m’a dit : « La pire des choses, c’est de ne rien dire ». Donc il m’arrive de glisser quelques mots à Olivier pendant les matchs, sur l’adversaire, sur mon ressenti sur un joueur…

« Croyez-moi, le coach n’a besoin de personne pour motiver les joueurs »

Êtes-vous seul à vous occuper de l’analyse vidéo ?
Au niveau de l’équipe pro, oui. On a aussi un analyste vidéo au centre de formation à qui je délègue lorsque je dois être à Clairefontaine pour ma formation mais, sinon, c’est moi qui m’occupe de visionner les matchs, de les découper puis d’habiller les images : mettre des flèches, des annotations… Ça prend énormément de temps mais c’est mon rôle. Pour vous donner un ordre d’idées, je regarde trois fois les trois derniers matchs de l’adversaire. Mais, parfois, ça peut monter jusqu’à six matchs. Enfin, le jour du match, à 11 heures, je montre mon montage aux joueurs en présence du staff au complet.

Y a-t-il également des retours vidéo individuels ?
C’est difficile de trouver le temps pendant la saison mais ça arrive durant la préparation. L’été dernier, l’analyste vidéo du centre de formation était en stage avec nous. Il filmait les séances et les matchs amicaux pour déceler des micro-comportements qu’on voulait faire évoluer, notamment sur notre premier rideau défensif. On a beaucoup travaillé avec nos deux attaquants et nos quatre milieux en avant-saison pour leur montrer les attentes du coach dans le pressing cette saison. Pendant le championnat, c’est compliqué mais on effectue ces retours individuels lorsque les joueurs viennent nous voir avec des demandes spécifiques.

Vous arrive-t-il d’intervenir lors des causeries ?
La causerie, c’est le domaine du coach. Mon rôle se cantonne à l’observation technico-tactique de l’adversaire, à donner mon sentiment s’il me le demande, mais généralement, on est d’accord sur les orientations. Les causeries sont tactiques et nos principes de jeu sont les mêmes. Lors des causeries, le coach est dans son élément et, croyez-moi, il n’a besoin de personne pour motiver les joueurs.

« Ce serait prétentieux de dire que je m’inspire de Pep Guardiola »

Pour revenir aux principes de jeu, pouvez-vous nous dire quel entraîneur vous avez envie d’être ?
Ce que j’aime, c’est que l’équipe soit organisée quand on a le ballon, pour pouvoir faire mal à l’adversaire et récupérer le ballon le plus rapidement possible en cas de perte. Ça vient peut-être de mon âge et mon impatience mais j’aime quand on récupère le ballon le plus vite possible. Enfant, on jouait pour avoir le ballon, pas pour le laisser aux autres, non ? Mais si on n’est pas organisés avec ballon, on sera en danger sur les transitions adverses. Il faut que les joueurs soient capables de se situer et d’être proches les uns des autres afin de limiter les transitions adverses. Il ne faut pas anticiper la perte mais vivre avec l’idée qu’elle va se produire. Et sans ballon, il faut être en capacité d’anticiper le moment où on va le récupérer. Il faut toujours être acteur du jeu. Plus on a le ballon, moins l’adversaire peut nous mettre en danger. Tout passe par une organisation stricte avec et sans ballon. Pour récupérer la balle, j’ai aussi pour principe d’aller presser sur des moments définis dans des zones définies, qui peuvent évoluer en fonction de l’adversaire.

Depuis le début de votre carrière, quels coachs vous ont le plus marqué ?
J’ai eu Franck Dumas, à Arles-Avignon, un coach extraordinaire sur le plan humain. Sinon, je n’ai pas été particulièrement marqué par les entraîneurs qui m’ont coaché quand j’étais joueur. Aujourd’hui, dans mon métier d’entraîneur, je m’inspire de pas mal d’entraîneurs ibériques. L’été prochain, puis au moment de la trêve de novembre, pendant la Coupe du monde, je compte aller au Portugal et en Espagne pour continuer à nourrir mes convictions. D’ailleurs, j’ai failli faire un stage au Benfica mais je n’avais pas pu y aller à cause du covid. Mais donc, je regarde un peu tout ce qui se fait, j’observe, j’apprends… Je regarde des matchs allemands, italiens, anglais, espagnols, beaucoup de matchs français… Je n’ai pas de modèle en particulier. Ce serait prétentieux de dire que je m’inspire de Pep Guardiola, Antonio Conte ou Diego Simeone ! C’est une question compliquée (sourire).

Vous citez quelques grands noms. Qu’est-ce qui vous plaît chez eux ?
Ce n’est pas original mais Pep Guardiola est un coach qui a révolutionné le foot avec son jeu de position, la recherche permanente de l’efficacité avec des principes de jeu comme le fait de battre la première ligne de pression adverse pour créer des avantages sur les autres lignes. C’est super intéressant. A contrario, j’aime beaucoup ce que fait Diego Simeone à l’Atlético. Comme Olivier Pantaloni, il est dans le même club depuis longtemps et il dure, avec ses principes de jeu. L’Atlético était loin d’être l’un des meilleurs clubs européens et c’est le cas depuis l’arrivée de Diego Simeone. Bien évidemment, il y a une influence de mon père. Je regarde son animation tactique depuis son arrivée à Lille. Il a beaucoup évolué. Ça m’intrigue, ça m’intéresse. Son jeu positionnel et ses idées dans les sorties de balles sont très enrichissants. En ce moment, je regarde beaucoup le Bayern de Julian Nagelsmann pour comprendre ses principes de jeu, voir ce dont on pourrait s’inspirer à l’ACA en restant modestes. Dans les principes de jeu, l’organisation, l’occupation des espaces, on peut s’inspirer de ces équipes-là.

Vous, qui regardez tant de matchs, à quel entraîneur encore méconnu prédisez-vous un grand avenir ?
Vous me mettez la pression (rires). Je suis intrigué par ce que va pouvoir faire Xavi au Barça. Va-t-il pouvoir remettre le modèle de jeu au centre du projet ? En France, il y a une génération d’entraîneurs qui se posent beaucoup de questions sur le jeu et qui vont arriver au haut niveau sur les prochaines années. Je pense à Gueïda Fofana, qui entraîne la réserve de l’OL, à Régis Le Bris de Lorient… Dans les centres de formation français ou dans le football amateur, il y a de bons entraîneurs, de bons techniciens qui se posent des questions sur le jeu. Il faut ensuite trouver le bon moment, le président qui accordera sa confiance, un peu de réussite au niveau des résultats malheureusement… Beaucoup d’éléments ont un impact sur le début d’une carrière.

« Je ne suis pas dans le staff d’Olivier Pantaloni parce que je m’appelle Galtier »

Tout à l’heure, vous notiez une évolution chez Christophe Galtier entre Saint-Etienne et Lille. Quelle est la nature de vos échanges ?
Justement, on a beaucoup parlé de la périodisation tactique. J’en étais déjà adepte avant qu’il arrive au LOSC. J’avais beaucoup lu, je m’étais renseigné, j’avais fait des formations en ligne… Quand mon père a signé à Lille, il y avait des Espagnols et des Portugais dans son staff, notamment João Sacramento. Il m’a dit qu’il découvrait un peu un nouveau métier. On a échangé sur comment mettre en place ces principes de jeu pendant la semaine pour être performant le week-end en fonction de l’adversaire et des caractéristiques des joueurs. Quand j’échange avec mon père, on échange davantage sur le processus que sur la conséquence. C’est le plus important pour moi : comment faire jouer l’équipe d’une certaine façon et comment convaincre les joueurs. Quand João Sacramento est parti de Lille, un autre Portugais, Jorge Maciel, est devenu l’adjoint de mon père et j’ai beaucoup échangé avec lui aussi. Il est d’ailleurs toujours au LOSC, avec Jocelyn Gourvennec.

Quelle est la fréquence de vos échanges avec Christophe Galtier ?
Ce n’est pas très régulier car il a beaucoup de travail et moi aussi. Généralement, on ne se voit qu’une fois par an, c’est peu. Mais disons qu’une fois par mois, on a une bonne discussion. Quand je regarde les matchs de l’OGC Nice, je peux lui envoyer un petit texto : « Qu’est-ce que tu as cherché à faire sur tel ou tel aspect ? »

Votre père est reconnu pour sa gestion des hommes. Il vous arrive d’aborder ce sujet ensemble ?
Pas du tout. Je crois qu’on n’a jamais parlé management. Mais il ne joue pas un personnage. Dans la vie, il est celui que l’on voit sur le bord des terrains. Mais il ne faut pas le réduire à un super manager. C’est une qualité forte mais il en a d’autres. La méthode et la tactique le passionnent par exemple.

A l’instar des fils de Carlo Ancelotti ou Mauricio Pochettino, pourriez-vous travailler un jour sous la direction de votre père ?
Je ne suis pas obnubilé par ça. Mon but dans la vie, ce n’est pas de devenir l’entraîneur adjoint de mon père. Déjà, je suis très bien à l’AC Ajaccio. Et si un jour l’occasion devait se présenter, est-ce que ce serait bénéfique pour le club ? Pour les joueurs ? Pour l’entraîneur ? Ce n’est pas ce que je recherche. Ma priorité est d’apprendre mon métier à l’ACA. Je veux aider l’équipe à être performante et à atteindre ses objectifs. Si un jour, je dois travailler avec mon père, ça se fera naturellement. Et si ça ne se fait pas, ça ne se fait pas. Ce n’est pas mon but dans la profession. J’en ai tellement bavé depuis le début de ma carrière, on a fait tellement de sacrifices avec ma femme, que je n’ai pas envie que les gens se disent que je suis pistonné ou ce genre de conneries qu’on peut lire sur les réseaux sociaux. Je suis très fier de m’appeler Galtier, je suis très fier de mon père. Si j’ai un problème, je peux l’appeler. Mais aujourd’hui, je ne suis pas dans le staff d’Olivier Pantaloni parce que je m’appelle Galtier. Quand je jouais, j’entendais parfois : « C’est le fils Galtier, c’est un pistonné ». Je ne peux pas empêcher ça mais je veux l’éviter au maximum. Je ne veux pas être médiatisé. Si on doit parler de moi, c’est pour mon travail et ce qu’on réalise à Ajaccio.

« Yanis Cimignani a une marge de progression énorme »

Justement, pour revenir à l’ACA, quelle est votre relation avec les jeunes joueurs de l’effectif et notamment Yanis Cimignani ?
Yanis, c’est l’exemple même du joueur qu’on veut former. Je suis très à l’aise pour parler de lui car je l’ai entraîné pendant trois ans. C’était mon capitaine en U19. Il avait déjà de grosses qualités. Il a beaucoup travaillé même s’il a vécu la saison dernière une première année en pro un peu galère. Cette saison, il s’impose en Ligue 2 BKT. Yanis a une énorme marge de progression énorme. Dans l’effectif actuel, il y a trois ou quatre joueurs que j’ai eus en U19 : Taïryk Arconte, le 3e gardien Ghjuvanni Quilichini… C’est un réel plaisir de les rejoindre dans le groupe pro mais mon rôle est d’être objectif, d’être extrêmement exigeant avec eux car les attentes sont bien plus élevées désormais. J’ai une relation privilégiée avec eux. Ils savent que je suis intransigeant avec eux sur le terrain mais j’espère qu’ils savent aussi qu’ils peuvent m’appeler à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit. Mon comportement avec eux n’a pas évolué depuis les U19, j’ai la même exigence et la même bienveillance. C’est sûr que c’est très positif d’avoir un certain nombre de joueurs formés au club dans le groupe pro puisqu’il y a aussi Mounaïm El Idrissy, Vincent Marchetti ou encore François-Jospeh Sollacaro.

Quel est le principal avantage à travailler avec vos anciens joueurs ?
Je n’ai pas la prétention de connaître tous les ressorts avec eux mais je connais très bien le vivier des jeunes de l’ACA. Si jamais Olivier me demande mon avis sur un jeune, je vais pouvoir lui répondre objectivement et subjectivement. Je vais pouvoir lui dire : « Ce joueur va répondre à tes attentes dans tel domaine mais il a encore beaucoup de travail dans tel autre domaine ». Ensuite, il y a des réunions avec Patrick Leonetti et Johan Cavalli pour déterminer quel jeune est prêt à être essayé en pro. Connaître tous les jeunes du centre de formation est un avantage car on a moins de surprises quand ils s’entraînent avec nous. On connaît leurs qualités, leurs axes d’amélioration, ce qui nous permet d’avoir le niveau d’exigence juste.

Le fait d’avoir le même âge (32 ans) que certains joueurs de l’effectif permet à certains de s’ouvrir plus facilement à vous qu’à quelqu’un d’une autre génération ?
Il y a même des joueurs plus âgés que moi (rires) ! Je ne vois pas mon âge comme un problème. Les joueurs me respectent, je les respecte. Je ne suis pas là pour leur apprendre à jouer au foot ni pour être leur copain. Mais c’est sûr qu’on va être plus proches sur certaines discussions. Je connais leurs codes. C’est la génération Z comme on dit. Il faut apprendre à les connaître, à les accompagner. Cette génération-là attend énormément d’échanges, elle peut être impatiente. Il faut beaucoup de dialogue et de pédagogie.

« Téji Savanier était un petit chenapan »

Au début des années 2010, vous aviez Téji Savanier pour coéquipier à Arles-Avignon. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?
On était voisins, Téji habitait dans le bâtiment juste à côté de chez moi. Comme il n’avait pas le permis de conduire, c’est moi qui l’emmenais. Il n’avait pas été conservé par Montpellier mais il avait déjà énormément de talent. On le voyait à l’entraînement : pied droit, pied gauche… Je ne suis pas surpris de le voir mettre des coups francs magnifiques ou de réussir des diagonales qui tombent dans les pieds des partenaires. A l’époque, il ne répondait pas encore aux exigences du très haut niveau sur le plan athlétique. Il a acquis ça au fil des années, notamment à Nîmes. En tout cas, ça a toujours été un garçon humble, un petit chenapan de temps en temps mais sérieux, qui vivait avec sa maman à Avignon. Au début, j’ai été un peu surpris de le voir s’imposer au plus haut niveau comme numéro 8 voire 6 parce qu’avec Arles-Avignon, il jouait plus haut, numéro 10 ou sur le côté. Cette saison, ça y est, il joue en 10 mais il a commencé à percer plus bas, ce qui n’était pas évident mais quand on pense à ses caractéristiques… Avec un entraîneur qui aime avoir le ballon et relancer court, c’est le joueur parfait pour faire les premières relances et casser les lignes adverses. Il a sûrement pris conscience du travail qu’il devait faire pour réussir au plus haut niveau. Je suis vraiment content pour lui.

Attendez… Téji Savanier, un petit chenapan, on veut en savoir plus !
Il faisait souvent des blagues, que ce soit avec les jeunes ou les anciens. Il était super marrant. Et il chantait bien aussi ! Dans ma voiture, il fredonnait des chansons gitanes. A l’époque, je jouais un peu de guitare en plus. Comme lui, j’ai des origines gitanes. On se retrouvait là-dessus, on discutait de la culture, des traditions gitanes… Ce sont de bons souvenirs.