Interview

Gaëtan Charbonnier : « Tout est plus facile avec Furlan »

Publié le 16/02/2022 à 09:38 - ADS

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Ses retrouvailles avec son mentor Jean-Marc Furlan, son nouvel élan à l’AJ Auxerre, son style, Djibril Cissé, le PSG… Entretien avec Gaëtan Charbonnier.

Gaëtan, vous avez effectué deux superbes saisons avec Brest en revenant de votre rupture des ligaments croisés. Aujourd’hui, vous marchez très fort avec l’AJ Auxerre après deux saisons un peu en demi-teinte en Ligue 1 Uber Eats. Est-ce que vous n’êtes jamais aussi fort que lorsqu’il faut rebondir ?
Je ne me sentais pas dos au mur lorsque j’ai choisi de signer à Auxerre. Je voulais un nouveau projet, le même projet qui m’avait convaincu de venir à Brest à l’époque, avec le coach Furlan. Sur mes dernières années à Brest, je ne me retrouvais plus trop dans le projet du club. J’avais besoin d’un nouvel élan et je l’ai trouvé en signant à l’AJA.

C’est-à-dire ?
Je ne voulais pas faire l’année de trop à Brest. J’arrivais au bout de quelque chose. Je n’avais plus la même flamme lorsque j’allais à l’entraînement le matin. C’est un signe qui ne trompe pas. J’avais besoin de retrouver du plaisir dans le jeu. En venant à Auxerre, je savais où je mettais les pieds. J’ai parlé avec d’anciens coéquipiers, je connaissais très bien le coach… Tout était réuni pour vite s’acclimater.

Le fait de pouvoir jouer un rôle de leader a-t-il joué dans votre choix de rejoindre Auxerre ?
Non, car le fait de beaucoup parler sur le terrain n’est pas propre à Auxerre ou aux derniers mois. J’ai toujours été comme ça.

« Le coach nous bonifie au quotidien »

Votre père et votre frère disaient qu’avant même d’évoluer sous les ordres de Jean-Marc Furlan, ils voyaient en lui quelqu’un qui vous correspondait. Qu’est-ce que vous attendez d’un entraîneur ?
Qu’il donne envie aux joueurs de venir à l’entraînement, déjà. La qualité des séances est importante, comme le discours, le projet de jeu proposé… Il faut que le coach permette aux joueurs de prendre du plaisir collectivement et individuellement. Avec Jean-Marc Furlan, il y a les idées de jeu et le fonctionnement pour être heureux.

Qu’est-ce qui fait que votre relation est si spéciale ?
C’est quelqu’un qui aime le jeu offensif. C’est un coach proche de ses joueurs, ce qui facilite les choses. Il arrive à prendre de la hauteur pour jauger le caractère de ses joueurs. Il est très réfléchi et donne beaucoup de conseils. Le coach est à l’écoute, il nous bonifie au quotidien. Toutes ces raisons font que j’apprécie de travailler avec lui.

Entre Brest et Auxerre, la méthode Furlan a-t-elle évolué ?
Il est resté le même dans sa manière de manager, dans sa façon de développer ses idées de jeu et de les mettre en place. Forcément, il y a des petites choses qui ont changé puisqu’il progresse au fil des années. Il est plus pointu dans certains domaines.

Vous avez marqué 119 buts en pro. Avez-vous une idée de combien vous en avez mis en deux saisons et demie avec Jean-Marc Furlan ?
Je dirais… Un peu moins de la moitié ?

C’est ça, 54 buts, soit 45%...
Dès les premiers entraînements, dès les premiers échanges avec lui lorsque je suis arrivé à Brest, j’ai senti que ça allait bien se passer. C’est quelqu’un d’honnête. Tout de suite, tout est plus facile. Généralement, tout est plus facile avec le coach !

« Je ne voulais pas arriver en terre inconnue »

Votre carrière est faite de hauts et de bas. Quelle est la recette pour avoir du très grand Gaëtan Charbonnier ?
Il faut un groupe qui vit bien, un entraîneur qui réussit à faire fonctionner le collectif. Sans collectif, c’est compliqué d’exister dans le football. Rien ne se fait seul. Ensuite, forcément, les individualités ressortent. Mais, c’est d’abord le collectif, et ça a toujours été comme ça avec le coach. Derrière, que ce soit moi ou un coéquipier qui ressorte, je serais tout aussi heureux.

Au-delà de Jean-Marc Furlan, à l’AJA, vous avez retrouvé vos ex-coéquipiers Mathias Autret et Quentin Bernard…
Quentin m’a même hébergé (rires)… A mon arrivée l’été dernier, il m’a accueilli pendant un mois, le temps qu’on emménage avec ma femme et ma fille. Ça s’est très bien passé car on est sur la même longueur d’ondes avec Quentin.

Lorsque l’on a 32 ans et que l’on change de club, fait-on attention à ce type de détails pour bénéficier d’une intégration la plus rapide possible ?
C’est sûr que je ne voulais pas arriver en terre inconnue. Ici, je connaissais déjà pas mal de monde, ce qui a facilité mon intégration. Ça m’est également arrivé de signer dans des clubs où je ne connaissais personne mais ça fait partie du job, à nous de nous adapter. C’est à celui qui arrive dans un groupe de s’adapter au groupe et non l’inverse.

Quand on regarde votre carrière, on a l’impression que vous vous épanouissez davantage lorsque vous êtes leader d’une grosse écurie de Ligue 2 BKT que lorsque vous êtes un attaquant parmi d’autres dans un club de Ligue 1 Uber Eats. Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?
Si on regarde les statistiques, oui… Mais, par exemple, si on compare la saison de la montée avec Brest et la suivante en Ligue 1, j’ai des statistiques moins bonnes mais, dans le jeu, je reste assez influent. Ce qui m’importe, c’est d’être bon, d’avoir un impact sur le collectif. Les stats viennent quand elles viennent. Et si ça ne vient pas, il y a d’autres joueurs dans l’équipe qui vont se mettre en avant… Je ne sais pas trop quoi en penser. Il y a des personnes avec qui ça colle tout de suite donc les résultats sont plus convaincants mais c’est ainsi, ce sont les aléas du foot.

« J’ai besoin de participer au jeu »

Vous avez découvert le monde pro lors de la saison 2008/2009 avec la réserve du PSG. Qu’est-ce que vous retenez de cette période ?
Déjà, je retiens que le PSG m’a permis de mettre un pied dans le monde pro. J’ai pu voir tout ce qu’il fallait faire pour perdurer chez les professionnels. Je parle aussi bien de ce qu’il faut accomplir sur le terrain qu’en dehors. Sans prendre les joueurs de l’équipe première pour modèles, j’écoutais beaucoup les conseils, je discutais avec eux, surtout avec les jeunes de l’effectif mais aussi Ludovic Giuly ou Grégory Bourillon.

Par rapport à vos débuts en Ligue 2 BKT avec Angers, quelles sont les principales évolutions dans votre jeu ?
J’aime toujours autant participer au jeu, faire marquer et marquer. La principale différence, c’est que j’ai pris de l’expérience. Après bien sûr, c’est un tout. Quand on arrive dans le monde pro, il y a plein de choses à travailler, que ce soit sur l’aspect technique, l’aspect physique…

En Ligue 1, vous avez parfois joué plus bas, en 10 ou derrière une pointe. Était-ce lié aux besoins du moment ou parce que, selon les caractéristiques du championnat, vos qualités correspondent à un poste plus reculé ?
C’est plus lié au système de jeu qu’au championnat. Je sais que j’ai besoin de participer au jeu, de toucher le ballon. Je peux jouer attaquant dans un 4-4-2 ou en numéro 10. C’est sûr que je prends moins de plaisir quand je suis seul devant dans un 4-3-3 que lorsque je peux participer au jeu dans un 4-4-2 ou 4-2-3-1.

Vous êtes un attaquant au profil plus collectif que la moyenne. Que faites-vous pour développer la relation avec vos coéquipiers offensifs ?
La complémentarité naît du travail réalisé la semaine, des séances proposées par le coach… L’entraînement permet de voir comment les uns et les autres aiment recevoir le ballon, comment on peut mettre le coéquipier dans les meilleures dispositions. Ça passe donc par le jeu et la communication, qui est l’essence-même du foot. C’est hyper important de parler avec ses collègues et c’est pour ça qu’on échange sur le terrain tous les jours.

Quel est le joueur avec lequel vous vous êtes le mieux entendu lors de votre carrière ?
Il y en a deux avec qui ça a collé directement : Claudiu Keserü et Mathias Autret. C’est avec ces deux-là que j’ai eu le meilleur feeling sur le terrain. Et j’ai été bien content de retrouver Mathias en arrivant à Auxerre l’été dernier.

« Djibril Cissé était beau à voir jouer »

Parmi les attaquants qui vous ont inspiré, vous citez Dennis Bergkamp, Karim Benzema et Dimitar Berbatov. Dans un autre style, le Djibril Cissé de l’AJ Auxerre vous plaisait ?
En tant qu’attaquant, je regardais et je regarde forcément les attaquants particulièrement. Djibril Cissé a un registre différent du mien mais il était beau à voir jouer. C’était quelqu’un d’instinctif.

Vous avez été sacré meilleur buteur de Ligue 2 BKT avec Brest en 2018/2019. Cette saison, vous êtes actuellement en tête du classement des buteurs… Est-ce un objectif que vous vous fixez désormais ?
On fait forcément attention à ça mais ce n’est pas l’objectif premier. L’objectif, c’est celui du club : remonter en Ligue 1. J’espère qu’on arrivera à aller au bout. Et s’il y a quelque chose pour moi en plus, tant mieux. Mais je préfère qu’on monte et ne pas finir meilleur buteur que l’inverse !

Et vous n’êtes qu’à 5 buts de Riad Nouri, le meilleur buteur de Ligue 2 en activité…
Je sais, j’ai vu passer cette stat’ sur les réseaux sociaux ! Quand on a joué contre Ajaccio, j’ai félicité Riad. Je lui ai dit que je n’étais pas loin derrière lui !