Benjamin Leroy (AC Ajaccio).
Interview

Benjamin Leroy : « On ne s’attendait pas à réaliser une telle saison »

Publié le 24/05/2022 à 13:39 - N. Maître

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Promu en Ligue 1 Uber Eats à la toute dernière journée de Ligue 2 BKT, l’AC Ajaccio a vécu une saison riche en rebondissements. Élu meilleur gardien du championnat, Benjamin Leroy dévoile les coulisses de la montée du club corse.

Portier de l’AC Ajaccio depuis l’été 2018, Benjamin Leroy vient de boucler une quatrième saison de Ligue 2 BKT exceptionnelle sous les couleurs du club corse. Auteur de 19 clean sheets, le gardien de 33 ans n’a vu le cuir faire trembler ses filets qu’à 16 reprises en 32 matchs de championnat. De quoi être logiquement élu meilleur gardien de la saison aux Trophées UNFP. Alors que l’ancien joueur de Tours n’a jamais encaissé plus d’un but à domicile en 2021/2022, il détaille la superbe saison de l’ACA achevée à une 2e place au classement. Il assure au passage que le club « n’était pas programmé » pour jouer les premiers rôles et qu’il n’aurait « pas du tout cru » à une telle saison lors de la reprise l’été dernier.

Le coup de sifflet final face à Toulouse : « C’était une délivrance. Ayant vécu le match en tribune (il était blessé), c’était encore plus difficile à gérer, je le subissais sans pouvoir y participer. Après, ça faisait un bon mois que ça commençait à être long, car on voyait qu’aucune équipe ne lâchait derrière et qu’on n’avait pas la moindre marge. Donc, c’était vraiment un moment magique. En plus, on sentait que le stade était prêt à exploser. Plus le coup de sifflet final approchait, plus la pression du public montait, on sentait que c’était vraiment un match très spécial. On voyait que les supporters étaient venus pour faire la fête et que la montée était la seule issue possible. »

La période la plus compliquée : « On a eu un passage à vide de fin janvier à début février (1 nul et 3 défaites en 4 matchs) mais on savait qu’il restait encore beaucoup de matchs à jouer. Après, on avait aussi un gros avantage sur nos adversaires, c’est qu’on n’était pas du tout programmés pour jouer la montée. Donc, on avait beaucoup moins de pression. On ne s’attendait pas, nous-mêmes, à réaliser une telle saison. Si on nous avait dit ça à la reprise l’été dernier, on n’y aurait pas du tout cru. Le fait d’avoir moins de pression nous a aidés sur la fin. Après, au bout d’un moment elle était quand même là, car, même si on n’était pas programmés pour ça, on avait envie de rester en haut. »

Le tournant : « Le déplacement à Sochaux. C’est justement le match qui arrive après notre série de quatre rencontres sans victoire. A l’époque, on était quatrièmes à deux points derrière Sochaux troisième et si on perdait, on se retrouvait à cinq points. Je suis blessé et François-Joseph Sollacaro fait un match incroyable. On gagne finalement 1-0 là-bas dans un stade plein et on repasse devant Sochaux au classement. A ce moment-là, je me suis dit qu’on était quand même très costaud. Cette victoire nous a vraiment permis de repartir de l’avant. »

« Il fallait marquer en premier »

Le match le plus abouti collectivement : « J’ai du mal à ressortir un match en particulier car on a encaissé tellement peu de buts… Il y a vraiment beaucoup de matchs où on ne concédait aucune occasion et où on marquait dès qu’on en avait une. J’ai eu ce sentiment de maîtrise et de contrôle à de nombreuses reprises. »

Le match le plus abouti personnellement : « Je pense que c’est celui à Nancy (0-2, J31). On joue après nos concurrents directs le lundi soir et on savait qu’on était obligés de s’imposer pour repasser à la deuxième place. Surtout que ça faisait très longtemps qu’on n’avait plus retrouvé le statut de dauphin. J’ai fait un match plein avec deux gros arrêts importants et, à partir de là, on n’a plus lâché la deuxième place. »

Le but le plus marquant : « Celui contre Toulouse, forcément, pour son importance. On savait que les Toulousains étaient champions mais qu’ils n’allaient pas venir en claquettes. Tant que le score était de 0-0, on savait qu’ils allaient jouer le coup à fond. Donc, il fallait marquer en premier, car on savait aussi que ça allait être compliqué pour eux de nous mettre un but par la suite. Après, je me souviens également d’un but contre Dijon à domicile au bout du temps additionnel sur corner qui nous a permis de gagner 1-0. Ça fait aussi partie des moments clés de cette montée. »

« On savait qu’une fois qu’on marquait, ça allait être très difficile pour l’adversaire »

Le secret de votre défense : « C’est vraiment onze joueurs qui défendent. Tout le monde a adhéré à cette idée de bien défendre, de faire les efforts pour ses coéquipiers. C’est dans l’ADN du club. C’est quand on défend le mieux qu’on a le plus d’occasions, car on joue avec un véritable bloc. On défend et on attaque tous ensemble. De l’attaquant jusqu’à moi, tout le monde s’est battu comme des chiens les uns pour les autres. On savait qu’une fois qu’on marquait, ça allait être très difficile pour l’adversaire. Quand une équipe sait qu’elle doit nous marquer deux buts alors qu’on en prend très peu, elle se met forcément à douter et ça devient compliqué pour elle. C’est un avantage psychologique qui était bénéfique pour nous. Après 23 clean sheets sur 38 journées, c’est tout simplement incroyable. »

L’ambiance dans le vestiaire : « Beaucoup d’insouciance. On se disait : « Eh, les gars, on est premiers ! », « On est champions d’automne ! », « Ce n’est rien, on ne va pas se prendre la tête ! Si on le fait, c’est cool ! ». On prenait vraiment ça à la légère. Personne ne nous attendait, donc on trouvait ça cool de toujours rester dans les équipes de tête. Une vraie bande de potes. J’inclus aussi le staff dedans, même s’il y a le respect de la hiérarchie, car on a toujours senti qu’il était avec nous. Il gagnait et perdait avec nous. Tout le monde était capable de se remettre en question. Une ambiance et saison incroyables. »

L’importance des cadres : « Des joueurs comme Riad Nouri ou Gaëtan Courtet ont apporté beaucoup de fraîcheur en plus d’être des joueurs d’expérience. Riad a fait une saison incroyable et va découvrir la Ligue 1 pour la première fois alors qu’il a 37 ans. C’est fou. Toute la saison, il nous a répété que ce qu’on était en train de vivre, ce n’était que du bonus et qu’il ne fallait pas se prendre la tête ou s’inventer des problèmes où il n’y en a pas. C’est un magnifique symbole que ce soit lui qui nous marque le but de la montée. »

« Jean-Philippe Krasso ? On lui a dit merci ! »

Le coéquipier le plus surprenant : « Le deuxième gardien, François-Joseph Sollacaro. A chaque fois que j’ai été absent, il a su répondre présent dans des matchs compliqués : Sochaux, Grenoble, Toulouse… Il joue dans son club, dans sa ville, là où il est depuis tout petit, c’est une émotion incroyable pour lui de vivre tout cela. Sa progression est fantastique depuis que je suis au club. C’est devenu un grand gardien. »

Le coéquipier le plus impactant : « Le Monsieur plus de notre deuxième partie de saison : Jean-Philippe Krasso. Nous, on était une équipe, sans injurier quiconque, et on se le disait entre nous, on n’avait pas de joueur au-dessus, mais quand il est arrivé on a vu que c’était un joueur qui pouvait faire changer le cours d’un match. C’est le joueur qui nous manquait quand on devait faire face à une équipe fermée : capable de provoquer une défense, de faire un exploit ou d’obtenir un pénalty. Avec la blessure de Bevic Moussiti-Oko, on n’avait plus ce profil. On se disait que si on ne retrouvait pas un joueur similaire, ça serait compliqué. Finalement, il est arrivé et, pour monter, il faut un joueur de ce type. D’ailleurs, après le match face à Toulouse, on lui a dit merci ! Ça a été le facteur X. »

La plus grande déception : « Les derbys. On a perdu les deux… La sensation de décevoir son public est difficile à encaisser. Au-delà des résultats, on n’a pas su incarner les valeurs qui font le club de l’ACA. On a mouillé le maillot mais on n’a pas abordé comme il fallait les deux matchs. Heureusement qu’on a fait une très bonne saison. Ce match décisif face à Toulouse nous a vraiment permis de retrouver notre public. »

Le futur : « Ce n’est que du bonus pour moi de retrouver la Ligue 1 ! Je ne vais pas me mettre de pression, ni me prendre la tête, mais forcément je vais avoir envie de bien faire. J’ai joué en Ligue 1 avec plusieurs clubs, mais là, je vis ma première montée, et c’est déjà fabuleux. Donc, imaginer qu’on va aller au Parc des Princes, à l’Orange Vélodrome, avec une bande de potes, sans penser pour le moment aux résultats et au classement, c’est magnifique ! »