Interview

Charles Kaboré : « Je ne me prends pas pour une vedette »

Charles Kaboré : « Je ne me prends pas pour une vedette »

Interview
Publié le 02/08 à 10H25 - Arnaud Di Stasio

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De retour en France après une saison blanche et presque 10 ans en Russie, Charles Kaboré s’est déjà imposé comme le capitaine des Chamois Niortais. Sa signature express, l’OM, Djibril Cissé, la vente de carrelage… Entretien.

Il y a moins de 200 kilomètres entre Libourne, où vous avez signé lorsque vous avez découvert l’Europe en 2007, et Niort, où vous jouez désormais…
C’est un joli clin d’œil ! C'est un peu une manière de boucler la boucle également, parce que je suis resté un an sans club. J’avais pourtant reçu différentes propositions mais aucune ne me plaisait vraiment. Je n’avais plus la motivation pour poursuivre après mes années en Russie. Mais après cette pause d’un an, je retrouve les terrains, un super groupe… Je retrouve surtout énormément de plaisir à jouer, comme à mes débuts.

Pouvez-vous revenir sur cette saison blanche ?
Même si ça s’est très bien passé pour moi en Russie, il y avait une lassitude mentale. J’en avais un peu marre du foot et du monde du sport. J’ai eu des offres mais je ne voulais pas m’exiler à nouveau. La Russie restera une très belle expérience et si c’était à refaire, je referais tout pareil, mais lorsque tu arrives à un certain âge, tu penses à ta famille d’abord et tu cherches la stabilité avant tout. La saison dernière m’a permis de me ressourcer pour maintenant terminer en beauté.

Avez-vous envisagé de raccrocher les crampons ?
Oui, si je ne signais pas dans un club cet été, je m’étais dit que j’arrêtais.

Physiquement, la reprise avec Niort n’a pas été trop dure ?
Non car je me suis toujours entretenu. Je jouais au futsal avec des amis du côté de Nice, où j’habitais, et je m’entraînais avec le RC Grasse (N2). Je ne me suis jamais arrêté. Surtout, je prenais beaucoup de plaisir, je m’amusais.

« En trois jours, c’était plié ! »

Pour revenir à votre signature à Niort, pouvez-vous nous raconter les coulisses de votre arrivée ?
Des connaissances m’ont mis en contact avec le directeur sportif Mikaël Hanouna, avec qui j’ai eu une discussion très positive. Certains clubs ont peut-être pensé que je n’étais plus motivé, que le foot m’avait lassé, et c’est vrai que les déplacements, les mises au vert, étaient devenus pénibles… Mais cette année m’a permis de me ressourcer comme il faut. Après avoir échangé avec les dirigeants, je suis venu assister à Niort-Valenciennes lors de la dernière journée de championnat en mai et, en sortant du match, ma décision était prise. J’ai vu que c’était une équipe joueuse, qui laisse le ballon au sol, qui aime ressortir de derrière plutôt que de balancer. J’ai accroché avec la philosophie. Le feeling était bon. Ce qui compte, ce n’est pas le nom mais la philosophie, la manière de jouer. C’est un club très humain, où il y a beaucoup de belles personnes, de la gentillesse... Tout ça m’a plu. En trois jours, c’était plié pour ma signature !

Ce côté humain était central dans votre décision ?
Complètement. J’ai vu que le groupe avait envie que je vienne, que c’était un jeune groupe qui vivait bien ensemble. Le courant est très bien passé avec le coach Sébastien Desabre également. Il m’a dit qu’il aimerait m’avoir, en faisant preuve d’une totale franchise, ce que j’ai beaucoup apprécié. On a été honnête avec moi. Je ne vais pas gagner des millions mais j’avais envie de retrouver un vestiaire. Je joue pour la passion désormais. Les gars sont tellement polis et disciplinés, c’est un plaisir d’être ici, je savoure. Ça faisait longtemps que je n’étais plus dans cet état d’esprit. A un certain niveau, ce n’est plus l’humain qui compte, c’est le business. A Niort, j’ai retrouvé autre chose.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le discours que vous a tenu Sébastien Desabre ?
Il m’a dit qu’il fallait que je gagne ma place même si j’étais un joueur « connu », que rien n’était acquis. Il a été franc avec moi et je lui ai dit que je n’avais aucun problème avec ça. Je ne me prends pas pour une vedette. C’est inutile de faire de grands discours, c’est sur le terrain qu’il faut montrer qu’on est un leader. C’est ce que le coach recherche et c’est ce que je veux apporter. J’ai envie de me battre, comme je l’ai toujours fait. Je sais que rien n’est acquis dans la vie et je vais donner le maximum.

« On ne s’invente pas capitaine »

Vous avez disputé la première journée de championnat le brassard au bras. Vous avez été désigné capitaine pour la saison ?
Je fais partie des trois capitaines de l’équipe avec Mathieu Michel et Bryan Passi. Je remercie le coach et le groupe pour cette marque de respect, pour m’avoir accepté aussi vite. Maintenant, c’est à moi de me battre sur le terrain pour figurer parmi les leaders. Je dois montrer l’exemple sur le terrain comme en dehors. Ce n’est pas important de savoir si je serai capitaine ou non. Ce qui compte, c’est le groupe et comment je vais me comporter sur le terrain.

Vous avez longtemps été capitaine de la sélection du Burkina Faso. Quelle est votre vision du rôle ?
Un capitaine doit toujours être ponctuel. Il doit respecter les autres et être respecté par les autres. Il doit se battre, montrer l’exemple en permanence. Il ne doit pas intervenir tout le temps, à tort et à travers. Un capitaine doit faire passer le groupe avant tout. C’est le groupe qui décide. Je peux donner deux ou trois conseils mais je ne vais pas faire le donneur de leçons. On apprend toujours, des anciens comme des jeunes. J’ai toujours été modeste et je continuerai à l’être. Le capitanat, ça doit être naturel selon moi. On ne s’invente pas capitaine.

Au-delà des Etalons du Burkina Faso, faisiez-vous également partie des leaders lors de vos saisons en Russie ?
Oui, j’étais un leader au Kouban Krasnodar, où j’ai porté le brassard quelques matchs. Au FK Krasnodar aussi. Au Dynamo Moscou, je n’ai pas eu la chance d’être capitaine mais je me considérais comme un leader car j’avais la trentaine. Ma voix comptait au sein du groupe.

« Il y a beaucoup de bons joueurs, Bilal Boutobba par exemple »

Quel est votre regard sur l’effectif niortais ?
On a un bon effectif, avec plein de jeunes qui courent beaucoup, qui vont vite… Des joueurs qui mettent de l’engagement, volontaires dans les efforts. Techniquement, il y a beaucoup de bons joueurs, Bilal Boutobba par exemple. C’est un bon joueur, vif, mobile… Bilal apporte beaucoup à l’équipe. Il sort d’une belle saison et j’espère qu’il fera encore mieux cette année. On a beaucoup de bons gars, le groupe vit vraiment bien. Je n’ai que des choses positives à dire. La préparation s’est bien déroulée même si on a perdu plusieurs matchs amicaux. Les erreurs qu’on a pu faire, je pense qu’on ne les reproduira plus maintenant que le championnat a commencé.

Cette saison, lorsque vous allez affronter Pau, vous allez retrouver une vieille connaissance…
Didier Tholot ! Le coach Tholot ! C’est grâce à lui que j’ai signé en Europe en 2007, à Libourne. Il m’a lancé, il m’a donné confiance. Je l’en remercie encore. C’est un très bon coach, qui a la gagne dans le sang, un battant. Un bon gars aussi. Je l’ai eu au téléphone il y a quelques mois pour échanger sur un joueur. Il avait pris de mes nouvelles mais, à l’époque, je lui avais dit que je n’étais pas très motivé. Il voulait que je le rappelle si je retrouvais l’envie de jouer. On se connaît bien tous les deux. On avait gardé contact, même quand il était en Suisse. Ce sera un plaisir de le retrouver.

Vous avez une carrière internationale impressionnante avec plus de 100 sélections au compteur. Ça a dû vous manquer de ne plus jouer avec le Burkina Faso pendant un an…
Pas vraiment… Car je ne pense plus être capable d’apporter à l’équipe nationale ce que j’ai pu apporter par le passé. Il y a une nouvelle génération qui monte, une équipe avec de bons joueurs comme Bertrand Traoré ou Edmond Tapsoba. Il y a une belle relève. J’ai longtemps été capitaine, j’ai disputé beaucoup de matchs, mais l’équipe nationale ne m’a pas spécialement manqué car je la suivais de près. Le Burkina Faso a d’ailleurs fait un beau parcours pendant la dernière CAN. L’équipe nationale n’est pas ma priorité aujourd’hui. Ma priorité, c’est de réussir à Niort, de bien jouer. Maintenant, je reste ouvert car, tant que ma carrière de joueur n’est pas terminée, la sélection nationale, ce n’est pas terminé. Mais aujourd’hui, je me concentre sur Niort et je laisse la place aux jeunes.

« Marseille, c’est incomparable »

Vous avez joué pendant cinq ans à l’OM, remportant notamment le titre de champion de France 2010 avec Didier Deschamps. Est-ce la plus belle période de votre carrière ?
Il y a eu des hauts et des bas mais, oui, c’était la meilleure période de ma carrière. Marseille, c’est spécial, incroyable même. En Russie, j’ai vécu de belles choses mais, Marseille, c’est incomparable. Ce que j’ai fait avec l’OM m’a permis d’avoir la carrière que j’ai eue ensuite. Mes années marseillaises me collent à la peau et je suis fier d’avoir porté le maillot de l’OM. La saison dernière, je suis allé voir quelques matchs au Vélodrome d’ailleurs. J’ai retrouvé plein de gens qui étaient déjà au club à mon époque et, globalement, l’accueil a été incroyable, comme si je n’avais jamais quitté le club. J’ai vu le match contre l’OL début mai mais l’OM a perdu malheureusement (0-3). J’avais aussi emmené mon fils pour la réception de Metz en février et il y avait eu match nul 1-1. Je n’ai pas vraiment porté chance à l’équipe (rires). Mais mon fils était content car on a pu descendre dans le vestiaire, faire des photos avec Mandanda, Payet… Il avait des étoiles dans les yeux. J’ai été super bien accueilli, j’étais trop fier. C’était merveilleux.

Votre fils supporte l’OM ?
Je suis supporter marseillais mais mon fils est davantage fan de Kylian Mbappé et de Cristiano Ronaldo. Comme il n’a que huit ans, je ne peux pas l’obliger à supporter une équipe mais, dans quelques années, j’espère qu’il se rendra compte de la chance qu’il a eu de descendre dans le vestiaire de l’OM et qu’il sera un grand supporter de l’OM. Et peut-être même qu’il y jouera un jour !

Quel est votre meilleur souvenir avec l’OM ?
Notre première victoire en Coupe de la Ligue, en 2010 ! C’était le premier trophée de l’OM depuis 19 ans. Quand on est arrivés sur le Vieux Port après la finale, on ne s’attendait pas du tout à ce qu’il y ait autant de monde… On n’y croyait pas, c’était incroyable. Il y a eu tellement de bons moments que c’est dur de n’en retenir qu’un mais cette victoire m’a marqué car c’était le premier trophée remporté par le club depuis longtemps.

Vous réussissiez à suivre l’OM depuis la Russie ?
Oui, je suivais tous les matchs de l’OM. Mais je suivais aussi les autres clubs français, la Ligue 2 et parfois même le National. Je n’ai jamais arrêté de suivre le championnat français et je ne néglige aucun match. J’ai toujours été attaché à la France et je suis content d’être là, de parler la même langue que les gars… Je savoure. C’est une chance incroyable parce qu’en Russie, pendant neuf ans, ça a été compliqué ! Il y avait un traducteur et il fallait se débrouiller avec le coach, les autres joueurs…

« Si tu t’entends mal avec Djibril Cissé, tu n’as rien compris ! »

Après votre départ de l’OM, vous avez évolué avec plusieurs anciens Marseillais en Russie, notamment Djibril Cissé…
Djib’, c’est la famille ! On ne peut que bien s’entendre avec lui (rires). Si tu t’entends mal avec Djib’, c’est que tu n’as rien compris ! C’est un très bon gars. Quand tu le vois de l’extérieur, tu as l’impression que c’est un bad boy, quelqu’un d’arrogant, mais il n’a rien à voir avec ça en réalité. C’est la famille ! A Marseille, il y avait beaucoup de personnes autour de lui : Mamadou Niang, Samir Nasri… Mais quand il est arrivé au Kouban Krasnodar, il n’y avait plus que moi ! On était tout le temps ensemble et on rigolait toute la journée ! J’ai vraiment savouré ces moments-là.

Au moment de quitter l’OM, vous attendiez-vous à évoluer en Russie pendant presque neuf ans ?
J’ai rejoint le Kouban Krasnodar lors du mercato hivernal et j’ai commencé par un long stage en Turquie. Quand il fallait descendre manger à l’hôtel, j’ai trouvé que c’était désordonné car chacun pouvait venir habillé comme il voulait, s’asseoir et repartir quand il voulait… J’étais déboussolé car c’était très différent de Marseille où tout était très organisé, très précis. Quand on est arrivés en Russie fin février, il faisait tellement froid… La première question que je me suis posée, c’est : « Est-ce que je n'ai pas fait une erreur ? Pourquoi ai-je quitté l’OM ? ». Il y avait moins de spectateurs dans les stades… Je me posais beaucoup de questions.

Qu’est-ce qui vous a fait évoluer ?
Plein de petites choses. Déjà, le coach était un passionné et il me voulait. Au club, tout était fait pour me mettre à l’aise. Être important, être reconnu, c’est agréable. J’étais au centre de l’attention, on me mettait beaucoup en avant, ce qui me plaisait et m’a permis de m’adapter très vite. Quand le championnat a repris, on a fait 11 matchs sans défaite et on a terminé 5e. Ce qui nous a permis de nous qualifier pour l’Europa League pour la première fois de l’histoire du club. Une belle histoire commençait et, après trois saisons, j’ai été transféré au FK Krasnodar… Là-bas, il y avait de très belles installations, un standing de haut niveau. Ce n’est pas un club très connu en Europe mais c’est un club qui a beaucoup investi. Les trois premiers mois en Russie ont été difficiles mais, ensuite, c’était vraiment top. Toute la famille se sentait bien là-bas. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas un instant.

« Les supporters me traitaient de traître mais… »

Ça n’a pas été compliqué de passer d’un club de Krasnodar à un autre ?
Non, les supporters n’ont pas été trop agressifs. Kouban, c’est l’équipe la plus supportée et, Krasnodar, c’est l’équipe la plus riche. Quand j’ai quitté Kouban pour le FK Krasnodar, les supporters me traitaient de traître mais je ne comprenais pas le russe, je ne savais pas lire le cyrillique donc ça ne m’a pas touché (rires). La même situation en France aurait été plus compliquée !

Avez-vous été confronté au racisme en Russie ?
Il y a du racisme partout, en France, en Angleterre, en Espagne, en Italie… On n’en parle pas toujours mais ça existe partout. Excusez-moi du terme mais il y a des cons partout, des gens qui n’ont rien compris à la vie. Et il n’y en a pas plus en Russie qu’ailleurs. J’ai passé de bons moments dans ce pays où j’ai croisé beaucoup d’Africains qui étaient là pour les études, pour jouer au foot… C’est un championnat dans lequel il y a beaucoup de Brésiliens, de latinos, beaucoup de mélange. A Moscou, c’était encore plus le cas. Comme je suis casanier, je n’ai pas vraiment souffert du racisme. Il y a parfois des regards mais ça vient souvent de personnes d’un certain âge qui n’ont jamais vu de noirs de leur vie. Vous pouvez vous imaginer comment ils vont vous regarder !

Je ne sais pas si vous avez déjà décidé ce que vous ferez après avoir raccroché les crampons mais il me semble que vous avez développé plusieurs projets en parallèle de votre carrière…
Oui, j’ai une agence immobilière au Burkina Faso. J’ai investi dans des maisons et des immeubles sur place car l’immobilier est une passion pour moi. Depuis le début de ma carrière, je fais en sorte de mettre ma famille à l’abri. Et là, avec un associé, je viens d’ouvrir une entreprise de carrelage. Comme j’ai fait construire là-bas, je sais qu’il est difficile de se procurer de beaux carreaux de qualité. Le magasin vend donc du carrelage, des carreaux, des pierres de standing italien et espagnol. On a ouvert la boutique au début juillet et on a déjà reçu beaucoup de commandes, je suis très content. Et comme ça, vous savez quel titre choisir pour notre interview : « Charles Kaboré, de joueur de foot à vendeur de carrelage ! » (Rires). Non, il faut mettre Niort en avant ! C’est un club que j’affrontais en Ligue 2 avec Libourne il y a des années et, aujourd’hui, Niort est toujours en Ligue 2 et je vais porter leurs couleurs. Ça montre que c’est un beau club, un club stable. J’espère qu’on va vivre de belles choses. Et moi, le Burkinabé, je passe des Etalons aux Chamois, c’est fort (rires) !

(Photo : CNFC)