Interview

Brice Maubleu : « Avec Grenoble, c’est une histoire d’amour »

Brice Maubleu : « Avec Grenoble, c’est une histoire d’amour »

Interview
Publié le 19/08 à 10H31 - N. Maître

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Dernier rempart emblématique du Grenoble Foot 38, Brice Maubleu a tout connu au sein de son club formateur. De la Ligue 1 Uber Eats à la CFA2 en passant aujourd’hui par la pérennisation du GF38 en Ligue 2 BKT, le portier de 32 ans se raconte et évoque son goût des études.

Vous venez d’entamer votre 9e saison consécutive au Grenoble Foot 38. Quel est votre secret pour réussir à durer année après année au sein du même club ?
Je suis revenu à Grenoble en 2014 après deux ans passés au Tours FC. A l’époque, le club était en National 2, un championnat où l’on est resté pendant trois saisons, avant de monter en National. Aujourd’hui, j’enchaîne ma cinquième saison en Ligue 2 BKT. Mais je n’ai pas vraiment de secret par rapport à cette longévité, si ce n’est que j’essaie toujours d’être le plus performant possible chaque saison. C’est surtout le travail qui me permet d’avoir cette continuité. J’arrive à m’adapter aux différents entraîneurs ou joueurs, car, depuis neuf ans, il y a eu pas de mal de changements.

Il faut savoir sans cesse se remettre en question…
Exactement ! Même si j’enchaîne les saisons en Ligue 2 BKT, je ne me dis pas que c’est plus facile, surtout que je prends des années au fur et à mesure. Chaque saison, je me fixe de nouveaux objectifs. Il faut aussi savoir s’adapter à ce que demande le coach en place. C’est un éternel recommencement. Il faut toujours travailler, être sérieux à l’entraînement et être le plus performant possible le week-end pour réussir à conserver sa place. Après, avec les années, on se connaît un peu plus, on sait ce dont on a besoin au quotidien pour être performant.

Si l’on met de côté votre passage à Tours (de 2012 à 2014), il s’agit même de votre douzième saison au GF38 avec l’équipe première. Comment définiriez-vous votre histoire avec le club ?
C’est une histoire d’amour. Je suis originaire de Grenoble (il est né à Saint-Martin-d’Hères) et je suis arrivé au GF38 à l’âge de 13 ans. L’entraîneur des gardiens, Arnaud Genty, c’est celui que j’avais déjà à mes 15 ans. Le préparateur physique, Michaël Diaferia, c’est celui que j’avais en U16. Je connais certains intendants depuis pratiquement 20 ans… C’est le club qui m’a fait grandir et c’est celui que j’ai envie de voir grandir encore plus chaque jour. J’ai toujours envie de réussir de belles choses avec Grenoble. Je trouve que, dans le monde actuel, c’est bien d’être fidèle à son club et d’essayer de défendre certaines valeurs.

« Si je ne dois retenir qu’un souvenir, c’est la montée de CFA à National »

Vous avez tout connu avec Grenoble, de la Ligue 1 Uber Eats à la CFA2… Avez-vous conscience que votre histoire est plus que singulière ?
J’ai même joué avec l’équipe réserve en DH après avoir été suspendu il y a quelques années. Je peux dire que j’ai connu six niveaux différents. J’ai disputé mon premier match avec l’équipe première en Ligue 1 (à Gerland face à Lyon, le 27 mars 2010), j’ai enchaîné sur une saison en Ligue 2, qui s’est soldée par un dépôt de bilan (2011), puis j’ai participé au début de la reconstruction du club en CFA2 et je suis revenu en National 2 (CFA). Donc, oui, je ne sais pas s’il y a beaucoup de joueurs avec un tel parcours. C’est vrai que lorsqu’on commence en Ligue 1, on s’attend à y rester plus longtemps, mais je suis très content des choix que j’ai faits. Je n’ai pas de regret sur ma carrière.

Quand on vit autant de choses avec un club, éprouve-t-on parfois de l’usure ?
Un petit peu, oui. C’est difficile à chaque fois de repartir et de se dire qu’on va devoir faire mieux que la saison précédente. Parfois, on pourrait penser que rejoindre un nouveau projet pour trouver une autre source de motivation, ça amènerait un nouveau souffle, mais je ne vois pas les choses de cette manière. J’arrive quand même à trouver la foi. Depuis toutes ces années, je travaille avec des personnes superbes qui me permettent de conserver ma motivation. C’est sûr que c’est difficile pour moi de voir des joueurs partir au bout d’une ou deux saisons, mais ça fait partie du football. Personnellement, je trouve que c’est un bel objectif de perdurer au sein d’un même club. Aujourd’hui, je joue devant ma famille, mes amis d’enfance ou d’anciens coéquipiers qui viennent avec leurs enfants, je trouve ça beau. Je vais aussi souvent faire des interventions dans les clubs de la région, qui sont par la suite invités au stade. Donc, j’ai également un devoir d’exemplarité, de performance pour montrer que Grenoble est le meilleur club du coin.

Quels sont les meilleurs moments que vous gardez en tête jusqu’ici ?
Les montées ! On ne va pas se cacher que c’est toujours quelque chose d’exceptionnel d’accéder à un échelon supérieur. En plus d’avoir des résultats positifs, ce sont des aventures humaines avec des groupes qui vivent très bien. La première montée de CFA2 à CFA, dont il reste aujourd’hui au club Arnaud Genty, Michaël Diaferia, Manuel Perez et Florian Michel, est inoubliable. Même chose pour celle de CFA à National et celle de National à Ligue 2 BKT. Après, il y a aussi les Play-offs en 2021, où l’on perd face au Toulouse FC. Mais si je ne dois retenir qu’un souvenir, c’est la montée de CFA à National. C’est la plus belle, car ça a été difficile de quitter le monde professionnel en partant de Tours, où il me restait un an de contrat, pour revenir. J’avais pris le risque de ne peut-être jamais revoir le monde pro. Après trois saisons de CFA, réussir l’objectif pour lequel j’étais revenu, c’était magique. On avait vécu une super saison avec Flo Sotoca, Maxime Spano, Éric Vandenabeele, des joueurs que la Ligue 2 BKT a par la suite connus.

« J’ai commencé en Ligue 1 Uber Eats, ça serait beau de boucler la boucle »

Vous êtes plutôt régulier depuis quatre saisons en Ligue 2 BKT. Avez-vous le sentiment de vous bonifier avec le temps ?
C’est une question qu’il faut poser à l’entraîneur des gardiens (rires). J’ai envie de dire oui. Avec l’âge, on travaille différemment et on sent plus les coups. Il y a des milliers de situations dans le foot mais quand tu en as déjà vécu certaines à plusieurs reprises, tu es plus serein, tu vas moins faire de petites erreurs. J’ai plus d’expérience, j’ai dépassé la barre des 100 matchs en Ligue 2 BKT la saison passée (123). Grâce à cela, on se bonifie forcément. Bien sûr, il faut entretenir son physique pour que l’âge ne devienne pas un handicap, mais l’expérience est un gros plus pour les gardiens.

Avec une si longue histoire avec Grenoble, qu'est-ce qu'il vous reste à accomplir ?
Dans l’idéal, mon rêve, ça serait que Grenoble retrouve l’élite (rires). J’ai commencé en Ligue 1 Uber Eats, ça serait beau de boucler la boucle. Mais on est un club modeste, on n’en est pas là ! On joue le maintien ! C’est simplement un rêve que j’ai de connaître un jour une montée de Ligue 2 à Ligue 1. Il faut que tout le club travaille pour et il y a encore beaucoup, beaucoup de travail. Ça n’arrivera pas tout de suite. J’espère que ce sera avant mes 40 ans (rires).

Vous avez connu pas mal de petites blessures depuis le début de votre carrière. Ont-elles freiné votre progression ?
Les blessures, on n’en sort jamais indemnes. Il y a toujours un temps d’arrêt, un temps de reprise, un temps pour retrouver des repères… C’est vrai qu’au début de ma carrière, j’ai eu pas mal de problèmes de dos. Cela m’avait notamment empêché de participer au Tournoi de Toulon avec l’équipe de France U21 (2010). Ce sont souvent des blessures un peu bêtes mais, oui, ça ralentit forcément la progression. A chaque fois, il faut se repréparer, sortir l’appréhension de la blessure de la tête. Ça prend toujours du temps. Ça fait partie d’une carrière mais si j’avais pu en avoir un peu moins, ça m’aurait arrangé.

« Pour beaucoup de joueurs, la saison dernière a été l’une des plus éprouvantes »

Vous avez été épargné la saison passée ! (34 matchs joués)
Depuis la montée du club en Ligue 2 BKT, je n’ai pas eu beaucoup de réussite sur ce point. La première saison, j’ai eu un problème à l’épaule (23 matchs joués). La deuxième, j’ai enchaîné tous les matchs puis, pour une fois que je n’avais pas de souci, elle a été arrêtée à cause du Covid (27 matchs joués). Ensuite, lors de la troisième, je me suis rompu un ligament de la cheville en glissant tout seul face à l’AC Ajaccio (25 matchs joués). Il y a une partie de chance qui entre en jeu… Le plus important, c’est de réussir à revenir. Il y a des joueurs qui connaissent des blessures bien plus graves, il faut savoir relativiser. Mais c’est vrai qu’on se pose des questions à chaque fois : « Est-ce que je vais réussir à revenir ? », « Comment ça va se passer ? », « Est-ce que je vais perdre ma place ? ». C’est toujours la même chose, il faut savoir rester fort mentalement.

Si on revient un peu sur la saison dernière, comment le groupe a vécu psychologiquement le fait de se retrouver à jouer le maintien (15e) alors que quelques mois avant, Grenoble a terminé 4e ?
Pour beaucoup de joueurs, ça a été l’une des saisons les plus éprouvantes. Jouer le maintien, c’est déjà difficile, mais ça l’est encore davantage lorsque tu passes tout près de la montée quelques mois avant. Certes, il restait quand même deux belles marches avec Toulouse et Nantes, mais on était dans la course. Donc, après avoir participé aux Play-offs, quand on te dit à la reprise qu'on va repartir jouer le maintien, c’est compliqué. Au début, on a eu du mal à se le mettre en tête, on pensait qu’on allait réitérer la même saison. Il fallait retrouver une dynamique et la motivation. C’est ce qui arrivait souvent à l’AC Ajaccio avant sa montée en Ligue 1 la saison passée. La vérité, c’est qu’on est un club qui, pour le moment, joue le maintien chaque saison et il faut le garder en tête dès les premiers matchs.

Justement, à quoi doit-on s’attendre avec le GF38 cette saison ?
On joue d’abord le maintien. La priorité, c’est de rester en Ligue 2 BKT. On va essayer d’être une équipe solide, combative et difficile à jouer. La suite, on verra en fonction de nos résultats. Une fois qu’on aura acquis notre maintien, on pourra davantage se projeter. Depuis janvier, on fait quand même preuve de beaucoup de choses positives. Sur les 22 derniers matchs (depuis le début de l’année civile), on a réussi 10 clean sheets. On a retrouvé de la solidité. Il faut continuer sur cette voie et faire mieux que la saison passée.

« Je me demande si je ne vais pas pousser jusqu’à un master »

En parallèle de votre carrière, vous aviez repris les études il y a quelque temps. Où en êtes-vous ?
J’ai terminé avant la reprise de la saison dernière. J’avais profité de l’arrêt du championnat en 2020 pour me plonger pleinement dedans. J’ai obtenu une licence de responsable marketing et commercial à l’Institut Sport et Management, une antenne de l’École de Management de Grenoble (GEM). J’ai suivi une formation dédiée aux sportifs de haut niveau. Il y avait des skieurs, des basketteurs, des handballeurs, mais j’étais le seul footballeur. C’était très instructif. Avant cela, j’avais fait un DUGOS sur deux ans. C’est un diplôme universitaire de gestion des organisations sportives. C’était par correspondance et, là, je n’étais pas le seul footballeur. C’est ce qui m’a permis de pouvoir accéder à l’École de Management de Grenoble, où j’ai suivi ma formation pendant deux ans également par correspondance.

Vous voulez préparer votre après-carrière au plus vite ?
Pendant une carrière, je trouve qu’on a le temps de travailler à côté. J’estime qu’il faut avoir d’autres occupations que le foot. Je suis très curieux, j’adore apprendre des choses. Tout ce que je peux emmagasiner, que ce soit sportivement ou dans n’importe quel domaine, je prends. Il ne faut pas rester fermé que sur son sport. Pour revenir aux blessures dont on a parlé précédemment, quand on n'a que le foot et qu’on se blesse, on ne fait que penser à cela. Quand on a d’autres choses à côté, souvent ça aide, ça permet de ne pas rester focalisé et de se dire qu’il n’y a pas que le foot dans la vie. C’est important de préparer l’avenir.

Vous avez déjà une idée précise de votre avenir, une fois que les crampons seront raccrochés ?
Je ne me suis pas encore dit : « Je vais occuper tel ou tel poste ». J’ai des idées mais ce n’est pas encore totalement arrêté dans ma tête. Je me demande si je ne vais pas pousser jusqu’à un master d’ici à la fin de ma carrière. Je suis en pleine réflexion. Le marché du travail après avoir été footballeur est compliqué. Avoir un passé de sportif, c’est toujours un plus, mais si on veut avoir un poste à responsabilités, il faut avoir un certain bagage scolaire. Depuis deux ans, je suis aussi conseiller municipal délégué aux sports et à la jeunesse dans ma petite commune de 3000 habitants, Bernin. J’aime le foot, ça ne me dérangerait pas de continuer dans ce milieu, mais j’essaye de m’ouvrir un maximum de portes. On ne sait jamais ce qui peut se passer dans la vie. Mais, pour l’instant, je joue au foot, et j’espère jouer encore plusieurs années !

(Crédit : Grenoble Foot 38)