N. Gioacchini (SMC)
Interview

Nicholas Gioacchini : « Zlatan ? Mon idole »

Publié le 26/11/2020 à 21:47 - ADS

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Du Kansas au SM Caen en passant par l’Italie et le Paris FC, l'attaquant malherbiste Nicholas Gioacchini revient sur sa jeune carrière, sa relation particulière avec Pascal Dupraz, ses débuts (et son bizutage) avec la sélection américaine ou encore son idole Zlatan Ibrahimovic.

Nicholas Gioacchini, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je suis né à Kansas City, aux Etats-Unis, et j’ai commencé à jouer au foot à l’âge de 6 ans. Je jouais dans un petit club de la région mais aussi dans l’équipe de mon école primaire. Ça a duré jusqu’à mon départ en Italie, quand j’avais 8 ans. Notre famille a déménagé près de Parme pour le travail de mon père. Il vend des machines qui fabriquent les pâtes pour Barilla, Panzani…

Le soccer est loin d’être le sport numéro 1 aux Etats-Unis. Est-ce qu’il y a une histoire de famille derrière cette pratique du foot si jeune ?
Mon père est un grand fan de foot mais ce n’est pas lui qui m’a poussé à jouer. Lorsque j’ai commencé, je ne savais même pas que ce sport existait. On m’a donné un ballon et j’ai commencé à jouer avec les pieds. Un signe ! Pour revenir à mon père, il a toujours été pour l’AC Milan et j’ai un peu suivi son modèle puisque je supporte le Milan, moi aussi. Mais ici aussi, ce n’est pas vraiment grâce à lui. Si j’ai accroché, c’est parce j’aimais le rouge et le noir, les couleurs du maillot (rires). J’ai toujours aimé le Milan et c’est devenu plus sérieux pour moi lorsque je suis arrivé en Italie. C’était l’époque des Inzaghi, Ibrahimovic, Boateng, Pato, Ronaldinho, Robinho… Il y avait encore Gattuso aussi.

« En Italie, les duels étaient plus durs qu’aux Etats-Unis »

Comment s’est déroulée l’adaptation en Italie ?
En arrivant des Etats-Unis, c’était une nouvelle aventure pour notre famille. On ne savait pas si ça allait nous plaire. L’adaptation a été un peu difficile au début pour mon frère jumeau, ma grande sœur et moi parce qu’on ne parlait pas la langue. La culture était très différente de ce qu’on avait pu connaître aux Etats-Unis, à commencer par la nourriture. A la maison, ma mère faisait à manger mais à l’extérieur, ça n’avait rien à voir avec ce qu’on mangeait jusqu’ici. L’Italie, c’est vraiment le top du top et tu peux vite devenir gros (rires). J’ai aussi senti une différence dans la manière de se comporter des gens. Je m’attendais à un meilleur accueil de la part des Italiens, qui n’étaient pas toujours très ouverts. Mais c’est une expérience qui m’a plu, j’ai beaucoup appris lors de mes quatre années là-bas.

Et au niveau du foot ?
Je jouais dans des clubs dont les équipes premières étaient semi-professionnelles et évoluaient en 3e ou 4e division. Dès mon arrivée, j’ai trouvé le jeu plus technique et plus physique surtout. Rien à voir avec ce que je connaissais aux Etats-Unis. Il a fallu s’habituer, devenir plus méchant, mais les débuts ont été difficiles. Techniquement, j’avais le niveau mais ce n’est pas ce qui fait le plus la différence à cet âge-là. J’ai donc dû m’améliorer sur le plan physique car les duels étaient plus durs, le rythme plus élevé… Ce n’est pas le même foot en Europe.

Vous êtes ensuite rentrés aux Etats-Unis…
Oui, dans la région de Washington cette fois, toujours en raison du travail de mon père. Là-bas, j’ai joué au sein de 2-3 clubs avant d’intégrer l’académie de DC United (club de MLS). Mais paradoxalement, le niveau était moins relevé que dans les clubs où je jouais juste avant. Peut-être une histoire de coachs, de management… Dans un de mes clubs précédents, Cerritos, tous les joueurs venaient d’Amérique latine et des Caraïbes, ça jouait plus vite et plus physique. Ça ressemblait davantage au foot européen et sud-américain.

« Rayan Aït-Nouri a connu une progression impressionnante »

A l’âge de 15 ans, vous traversez à nouveau l’Atlantique...
Direction la France cette fois. La famille a déménagé à Paris, toujours pour les mêmes raisons. On était à Aubervilliers plus précisément. L’adaptation a été un peu compliquée car, comme à mon arrivée en Italie, je ne parlais pas la langue, et ça s’est mal passé avec le Red Star. Ils m’ont viré au bout de 4-5 mois et je ne sais toujours pas pourquoi ! Il y avait un souci avec ma licence notamment. J’ai alors rejoint le Paris FC en cours de saison. J’étais en U17 mais il y avait encore des soucis administratifs, peut-être par rapport à mon passeport italien. J’ai attendu 9 mois pour avoir ma licence et pendant ce temps-là, je ne pouvais faire que les entraînements et les matchs amicaux. J’ai perdu une saison entière. C’est lors de ma deuxième saison U17 que j’ai vraiment pu commencer à jouer avec le Paris FC.

Quelles différences dans la façon d’appréhender le foot y a-t-il entre la France, l’Italie et les Etats-Unis ?
C’est dur à dire car j’étais très jeune en Italie et, aux Etats-Unis, je n’ai pas joué suffisamment longtemps dans un cadre structuré. Mais le foot italien et le foot français présentent pas mal de similarités. J’aime beaucoup jouer ici même s’il y a parfois un peu trop de jeu long à mon goût mais c’est comme ça, il faut s’adapter.

Avoir autant déménagé durant votre jeunesse a-t-il été un frein ou un catalyseur dans votre développement comme joueur ?
Ça a été un plus. Mon jeu est un mélange de ce que j’ai appris dans les trois pays. En Italie, j’ai appris la partie physique et émotionnelle du jeu. Aux Etats-Unis, j’ai compris qu’il fallait que je travaille beaucoup plus techniquement. En France, j’ai notamment appris l’aspect défensif du poste d’avant-centre. Le foot a évolué et le numéro 9 doit bien plus défendre qu’il y a une dizaine d’années. Il faut faire le pressing, se replacer… Dans un passé pas si lointain, les attaquants du championnat italien comme Inzaghi, Ibrahimovic ou Milito étaient un peu plus libres, on ne leur demandait pas de se replacer dès la perte du ballon, de venir intégrer un bloc bas. Le foot d’aujourd’hui est plus physique et il faut que le numéro 9 fasse ce type d’efforts.

Pour revenir à ton expérience au Paris FC, après une année sans pouvoir jouer, tu as réalisé deux belles saisons…
Après ma première saison compliquée, je ne me suis pas trop posé de questions, je voulais juste jouer. Je voulais m’imposer à tout prix. Je me suis dit : « Niko, joue ton jeu et ça ira ». On avait une belle équipe. Il y avait notamment Axel Bamba, qui est aujourd’hui titulaire en Ligue 2 BKT dans la défense du Paris FC. En U17, il y avait aussi Rayan Aït-Nouri avant qu’il ne parte à Angers. Ça se voyait qu’ils finiraient professionnels ces deux-là. Rayan a beaucoup évolué. Il avait du talent mais il a connu une progression impressionnante. Maintenant, quand je le vois jouer avec l’équipe de France Espoirs, c’est magnifique. Il est devenu très très fort.

« Je vois Pascal Dupraz comme un coach mais aussi comme un père »

Pour quelles raisons avez-vous choisi de rejoindre le SM Caen lors de l’été 2018 ?
J’ai beaucoup discuté avec ma famille et on en est arrivés à la conclusion que Caen était la meilleure solution pour moi. Le club était en Ligue 1, ça jouait pas mal… J’ai décidé de signer à Caen et je ne le regrette pas.

Un peu plus d’un an après votre arrivée à Caen, fin octobre 2019, vous faites vos débuts professionnels lors d’un match de Ligue 2 BKT… contre le Paris FC !
C’était forcément spécial ! Il y avait de l’émotion après coup mais je n’ai pas pensé à ce contexte particulier au moment de jouer. On était dans une mauvaise période et il fallait gagner à Charléty. Moi, j’étais juste là pour aider l’équipe et j’ai eu la chance de marquer pour mon premier match alors que je ne m’y attendais pas du tout. Quand la balle est entrée dans le but, je me suis dit : « Oh ! ». C’est sûr que ma vie a changé avec ce match-là. Ma carrière était lancée et j’ai vu la fierté dans les yeux de mes proches, ce qui m’a beaucoup touché.

Avec le SM Caen, vous jouez avant-centre mais également sur l’aile. Avez-vous une préférence ?
Numéro 9, c’est mon poste préféré, c’est sûr. C’est là où je peux le mieux apporter mon dynamisme. Mais j’apprends aussi à jouer sur l’aile. Ce n’est pas mon poste d’origine mais ça se passe de mieux en mieux. J’apprends au fil des semaines et ça me permet de gagner en polyvalence.

Dans quels domaines souhaitez-vous progresser ?
Partout. Mais là où il faut que je progresse en priorité, c’est devant le but. Il faut que je sois plus efficace. J’aimerais aussi progresser dans le dribble, le un contre un, pour être capable de me créer des occasions tout seul. Physiquement aussi, on peut toujours être mieux. Après les matchs, je me regarde et je cherche à m’améliorer dans ce que je ne sais pas faire.

Depuis tout à l’heure, vous avez cité un certain nombre d’attaquants. Avez-vous un modèle ?
Zlatan ! J’ai lu son livre, ce qui m’a permis de connaître sa vie en plus de sa carrière. J’ai un énorme respect pour lui. Même si j’ai un style de jeu différent du sien, quand je le regarde jouer, ça me fait quelque chose. Ses gestes, ses attitudes… Zlatan, c’est mon idole. Et le voir à ce niveau actuellement, c’est ouf (rires). C’est incroyable de voir un joueur comme lui partir aux Etats-Unis, revenir en Europe et continuer à cartonner à son âge (39 ans) !

Pouvez-vous nous parler de votre relation avec Pascal Dupraz ?
C’est d’abord mon coach donc, quand j’ai une question sur le foot, je vais le voir parce qu’il a beaucoup d’expérience. Et lorsque j’ai un problème en dehors du foot, il m’arrive aussi de lui demander conseil. On est suffisamment proches pour que je me permette de lui poser ce type de questions. Je le vois comme un coach mais aussi comme un père.

Doublé, Beyoncé et Jeux Olympiques

Vous avez fêté votre première sélection en équipe des Etats-Unis lors de la dernière trêve internationale. Comment avez-vous appris votre convocation ?
Le sélectionneur Gregg Berhalter m’a passé un coup de fil la veille de l’annonce de la liste. Mais je devais d’abord faire un test covid et espérer qu’il soit négatif pour aller en sélection. J’étais très stressé (rires). Dès que j’ai su que le résultat du test était négatif, je lui ai annoncé la nouvelle pour pouvoir être sélectionné officiellement !

Vous aviez la possibilité de représenter les Etats-Unis mais aussi l’Italie, la France et la Jamaïque. Etait-ce une surprise d’être appelé par Team USA ?
Je savais que le sélectionneur américain me suivait depuis février-mars et j’étais en contact avec le staff depuis. Mais c’était quand même une surprise d’être appelé car il y a beaucoup de joueurs qui postulent à une place en sélection. Je sais aussi que si j’ai été appelé, ce n’est pas pour rien, j’ai travaillé pour. Ce coup-ci, le sélectionneur m’a fait confiance. J’espère que je ne l’ai pas déçu.

Après être entré en jeu contre le Pays de Galles, vous étiez titulaire contre le Panama et vous avez marqué deux fois. Est-ce que vous vous attendiez à avoir un tel rôle ?
Jouer ces deux matchs et inscrire un doublé, ça a encore été une belle surprise ! La veille du match contre le Panama, le coach m’a pris à l’écart pendant la soirée pour me dire que j’allais être titulaire. Il m’a parlé pendant une dizaine de minutes et m’a dit : « Tu mérites d’être ici. Ne pense pas que je t’ai choisi parce que je suis gentil et que je fais des cadeaux ». Il m’a dit que j’avais bossé pour être là et que c’est pour ça qu’il allait me faire débuter, qu’il y avait de la concurrence et qu’il fallait être à 100%. Sur le terrain, j’ai tout donné, je n’avais pas d’autre choix. J’avais envie de montrer que je méritais de jouer pour l’équipe des Etats-Unis, que ma présence n’était pas un hasard, et j’ai pu marquer deux buts grâce au bon travail du collectif. J’aurais pu en mettre un 3e mais j’ai raté un pénalty. Ça va me permettre d’apprendre.

Vous étiez plusieurs joueurs à fêter votre première convocation. Avez-vous eu droit à un bizutage ?
Oui, avant le premier match, on a dû chanter devant tout le groupe. J’ai choisi une chanson en anglais, ça aurait été un peu plus compliqué en français ! J’ai chanté Halo de Beyoncé. J’aurais pu choisir du rap américain mais j’ai préféré prendre quelque chose de plus doux. Avec les Français, le rap américain, ça passe car les gens ne comprennent pas trop les paroles mais avec des Américains (rires)… Les autres nouveaux ont tous choisi des morceaux de rap à la mode sauf Giovanni Reyna (rires). Lui, il a chanté Call me maybe !

Vous connaissiez certains joueurs de l’effectif ?
Seulement Timothy Weah. On avait joué l’un contre l’autre en U19 lorsque j’étais au Paris FC et lui au PSG. Mais les autres, je ne les avais vus qu’à la télé, en regardant la Ligue des champions !

Disputer les prochains Jeux Olympiques fait partie de vos objectifs ?
Oui, j’espère y être. Mais le sélectionneur ne m’a pas du tout parlé des J.O. Il était concentré sur ce rassemblement et sur son groupe. Les Jeux, c’est une échéance importante mais ces deux matchs amicaux étaient également très importants car il y avait beaucoup de nouveaux joueurs.

« Pas beaucoup de temps sur la modélisation de mon joueur ! »

Dans la fratrie Gioacchini, il y a un footballeur et des artistes…
Oui (rires), ma sœur chante. Elle chante très bien d’ailleurs. Elle chante de tout : rap, R&B, pop… Je ne sais pas trop dire à qui elle ressemble, peut-être Shay (une rappeuse belge). Une chanson pour la découvrir ? Givenchy. C’est ma chanson préférée d’Alxya, celle que j’écoute avant mes matchs. Mais il y en a plein d’autres ! Mon frère jumeau Christiano est photographe, lui. Il fait aussi des vidéos, des clips, pour des chanteurs, des athlètes… Par exemple, c’est lui qui s’est occupé des vidéos Adidas postées sur mes réseaux sociaux. Il a lancé son entreprise mais c’est un peu compliqué en ce moment avec le covid.

En parlant de votre frère, il n’a pas été emballé par le Nicholas Gioacchini du dernier jeu vidéo FIFA, trop « moche » à son goût. Vous lui en avez voulu ?
(Rires). Je me doutais que les développeurs n’allaient pas passer beaucoup de temps sur la modélisation de mon joueur ! Je suis encore trop petit comme joueur. Mais j’ai dit à mon frère : « Ne t’inquiète pas, reste branché. Dans les prochains jeux, je serai beaucoup mieux fait et beaucoup plus fort ! »