Interview

Irvin Cardona : « Ce serait une déception de ne pas monter »

Irvin Cardona : « Ce serait une déception de ne pas monter »

Interview
Publié le 10/04 à 17:37 - Arnaud Di Stasio

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C’est le joueur du moment dans l’équipe du moment avec un 10e but inscrit pour l'ASSE depuis son arrivée cet hiver, jeudi contre Metz en Barrages. L’attaquant stéphanois Irvin Cardona nous avait raconté il y a un peu plus d'un mois à quel point il s’éclate à l’AS Saint-Étienne. Entretien.

Tu es particulièrement en vue depuis mi-février puisque tu as marqué 6 buts et donné 2 passes décisives lors des 7 derniers matchs… Est-ce que tu as déjà été en aussi grande forme ?
C’est vrai que j’enchaîne pas mal ! J’ai déjà connu une période comme ça lors de ma première saison à Brest (4 buts et 3 passes décisives en 8 matchs entre fin novembre 2019 et janvier 2020). Mais là, j’ai marqué à presque tous les matchs et, en plus des buts, il y a les victoires, ce qui rend cette période unique.

Comment est-ce que tu l’expliques ?
Déjà, j’ai retrouvé la confiance. Mes coéquipiers et le staff m’ont aidé à réaliser ces performances. J’ai aussi senti l’engouement des supporters stéphanois derrière leur équipe. Et aujourd’hui, tout va bien pour moi. J’espère que ça va continuer. Je vais tout faire pour en tout cas !

« La confiance, c’est 80% du travail »

Tu parlais du rôle du staff, en signant à Saint-Étienne cet hiver, tu as retrouvé un entraîneur que tu connais bien, Olivier Dall’Oglio…
Oui, c’est l’entraîneur qui m’a lancé dans le grand bain, à Brest. C’est forcément plus facile d’arriver dans un club dont tu connais l’entraîneur. J’avais aussi la chance de connaître pas mal de joueurs, que ce soit d’anciens coéquipiers ou d’anciens adversaires, ce qui a rendu l’acclimatation plus rapide.

À Saint-Étienne comme à Brest, Olivier Dall’Oglio est l’entraîneur avec lequel tu performes le plus d’un point de vue statistique. Y a-t-il une raison logique à ça ?
Bien sûr, le coach me connaît bien. Il sait comment je suis, quelles sont mes qualités et mes défauts… Il sait m’utiliser au bon endroit. Sur le terrain, je ressens cette confiance envers moi. Et quand un joueur sent cette confiance, il a envie de la rendre. C’est ce qui est en train de se passer à Saint-Étienne.

Même si tu n’as que 26 ans, tu as déjà joué dans 5 clubs différents et tu as connu un certain nombre d’entraîneurs. Qu’est-ce qui fait qu’il y a des endroits où ça matche et d’autres non ?
Le plus important, c’est la confiance et la relation avec le coach. Je sais que j’ai besoin d’être proche de ceux avec qui je travaille, de pouvoir discuter avec eux, de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas notamment. Il faut échanger pour pouvoir travailler correctement.

Et la confiance est sans doute encore plus importante à ton poste ?
C’est sûr, quand on est attaquant, il faut être en confiance pour pouvoir marquer des buts. Il ne faut pas se poser de questions, ne pas douter. Il y a des buts plus faciles à mettre que d’autres mais il faut savoir les mettre, faire les courses qu’il faut pour être au bon endroit au bon moment. La confiance pour un attaquant, c’est 80% du travail.

« Mathieu Cafaro ? On se comprend sans même se parler »

Tu as fait tes premières semaines ici au poste d’avant-centre (Ibrahim Sissoko était à la CAN) mais c’est à partir du moment où tu as basculé sur l’aile que tu as commencé à marquer. Tu saurais dire pourquoi ?
J’aime beaucoup prendre les espaces et je pense que j’en ai davantage sur les côtés. Je peux partir de plus loin et, avec ma vitesse, ça me permet d’avoir un temps d’avance. Mon poste de prédilection, c’est attaquant axial, car j’aime bien jouer avec un deuxième attaquant, lui tourner autour pour pouvoir lui donner des solutions quand il joue en pivot ou en déviation. Ici, quand je jouais dans l’axe, ce n’était pas cette configuration car j’étais seul devant. J’ai essayé de faire de mon mieux mais, par mes courses, je me sens plus à l’aise sur le côté.

Depuis le début de ta carrière, tu as joué aux trois postes de l’attaque. Cette polyvalence t’a sûrement servi pour lancer ta carrière mais est-ce que ça a pu être un frein de ne pas t’installer à un poste bien précis au bout d’un moment ?
C’est vrai que j’ai eu la chance d’être formé à différents postes. À Monaco, j’ai évolué un peu partout. Je pense que c’est un avantage d’être polyvalent pour un attaquant et je ne crois pas que ça m’ait freiné, au contraire. Ça m’a permis d’offrir plus d’options à mes entraîneurs. Il y a encore quelques semaines, le coach m’a fait permuter avec Nathanaël Mbuku en cours de match par exemple. Je peux jouer partout et je me sens aussi bien dans l’axe que sur les côtés.

Sur tes trois premiers buts avec l’ASSE, tu as eu droit à trois passes décisives de Mathieu Cafaro. Tu lui as offert quelque chose pour le remercier j’espère !
Oui, je lui ai fait des câlins dans le vestiaire (rires) ! C’est vrai que Mathieu m’a donné beaucoup de bons ballons. La connexion entre nous s’est faite naturellement, on arrive à bien se trouver. Il n’y a rien de forcé et ça se voit. Quand il essaie de me donner la balle, ça passe car tout est naturel.

Tu as déjà connu une telle entente sur le terrain ?
À Brest, j’avais aussi cette connexion avec Franck Honorat. On se cherchait beaucoup. Que ce soit Franck ou Mathieu, on est des joueurs du même style donc on sait quoi attendre de l’autre. Quand j’ai la balle, je sais ce qu’ils attendent et vice versa. On se comprend sans même se parler.


 

« Une grande opportunité de jouer dans ce club mythique »

Pourquoi as-tu choisi la Ligue 2 BKT pour te relancer en janvier dernier ?
Par rapport au challenge qu’offre l’AS Saint-Étienne, à savoir remonter en Ligue 1 Uber Eats. Pour moi, c’était une grande opportunité de jouer dans ce club mythique, avec une grande histoire. Aider le club à remonter, c’est quelque chose de beau et, quand on est joueur, on a envie de vivre de belles choses ! Je pense que j’ai fait le bon choix en signant ici.

Vu vos résultats des dernières semaines, ce serait une déception de ne pas monter en fin de saison ?
Bien sûr ! On est dans une dynamique où l’on gagne les matchs, où l’on ne prend pas beaucoup de buts… On avait pour objectif d’être dans les cinq premiers et, maintenant qu’on y est, le but est de finir 2e. Même si on ne se le dit pas, je pense que l’on pense tous à la même chose : on peut aller chercher cette 2e place.

Et puis, si vous montez, Timothée Chalamet va finir par être obligé de venir !
Forcément ! Il faudra l’inviter !

« Ça faisait deux ans que Saint-Étienne était là »

Pour revenir un peu en arrière, tu es donc arrivé cet hiver après un an à Augsbourg. Et alors que ta première expérience à l’étranger, au Cercle Bruges (Belgique), au début de ta carrière, avait été un succès, ça a été plus compliqué en Allemagne…
Oui, je suis arrivé là-bas en janvier 2023 alors qu’il me restait six mois de contrat à Brest. Je suis arrivé dans un club où l’entraîneur m’avait vu jouer et m’aimait bien. J’ai fait quelques entrées et j’ai eu la chance de jouer contre le Bayern Munich, le Borussia Dortmund… Malheureusement, on a connu une période compliquée avec beaucoup de défaites, ce qui a provoqué un changement de coach et de direction. À partir d’octobre, je ne jouais plus et, parfois, je n’étais même pas dans le groupe. Ce n’était pas évident… Moi, je demandais à aller jouer en réserve pour rester en forme en vue du mercato hivernal. Je savais que je voulais partir en prêt pour retrouver du temps de jeu. Il y avait des clubs de Ligue 1 Uber Eats qui s’intéressaient à moi mais ça faisait deux ans que Saint-Étienne était là et m’appelait pour que je vienne donc ça a été ma première idée. C’était attirant car c’est un club mythique, qui n’a rien à faire en Ligue 2 BKT. Et j’aime les challenges donc c’était parfait pour moi.

Tu avais donc failli signer à l’ASSE lorsque tu es parti de Brest ?
Oui, j’avais failli venir. On avait été en discussions très avancées mais c’était pour une courte durée, avec l’idée de faire remonter le club le plus vite possible. Le FC Augsbourg me proposait un contrat beaucoup plus long donc, sur le moment, j’ai fait le choix de la sécurité. Même si je suis jeune, j’ai déjà 26 ans et on sait que le foot ne dure pas jusqu’à 50 ans… Mais aujourd’hui, je suis très heureux d’être à Sainté !

« Le football est totalement différent en Allemagne »

Pour continuer un peu sur la Bundesliga, qu’est-ce que tu as appris lors de cette année là-bas ?
Beaucoup de choses ! Déjà, le football est totalement différent en Allemagne. On court beaucoup plus, c’est beaucoup plus physique, il y a plus de buts… Pour nous, les attaquants, c’est plutôt pas mal ! La culture du travail est différente avec une grande rigueur, de la part des entraîneurs mais aussi des joueurs. Il n’y a rien de mieux pour progresser. Par exemple, sur les gestes techniques simples, tout le monde est intransigeant. Ça m’a servi sur les remises et les prises de balle, qui n’étaient pas forcément mon point fort. Ce sont des exercices que l’on fait aussi en France mais, en Allemagne, si tu rates deux ou trois passes, on va te tomber dessus et la fois d’après, tu ne louperas pas ta passe !

Quel est ton meilleur souvenir là-bas ?
Peut-être mon but contre le Bayern, à Munich. Même si on n’a pas gagné (5-3), c’était bon pour la confiance, surtout dans une période difficile. Et j’ai fait de belles rencontres là-bas puisqu’il y a des joueurs avec qui je me suis très bien entendu, avec qui je parle encore beaucoup. Sur le plan footballistique, j’ai appris des choses et, sur le plan humain, ça m’a aussi fait grandir. Ça m’a fait voir d’autres choses et donc gagner en expérience.

Parmi les joueurs que tu as rencontrés à Augsbourg, il y a Nathanaël Mbuku, qui est arrivé au club en même temps que toi, avant de signer à Saint-Étienne cet hiver en même temps que toi également. Vous avez passé un pacte tous les deux ?
(Rires). Cet hiver, on en avait parlé car on était dans la même situation tous les deux. On discutait des clubs qui s’intéressaient à nous et, finalement, on s’est retrouvés à Saint-Étienne tous les deux. C’est bien car on renforce les liens qu’on a créés et Nathanaël est un joueur qui peut apporter à l’équipe.

« J’étais très proche de Falcao »

Tu as fait tes débuts professionnels avec l’AS Monaco, ton club formateur, lors de la saison 2016/2017, celle du titre de champion de France. À l’époque, il y avait de sacrés attaquants dans l’effectif monégasque. C’était comment de les côtoyer au quotidien ?
C’est vrai qu’il y avait des stars ! Forcément, quand on est jeune, c’est impressionnant. Mais j’ai eu la chance qu’ils me prennent sous leur aile. J’ai reçu plein de bons conseils et plein de bonnes ondes, ce qui est important lorsqu’on arrive dans un effectif qui marche aussi bien. Ce n’est pas évident d’arriver dans un groupe pro avec de tels résultats quand on est jeune. Ça peut vite monter à la tête. Heureusement, que ce soit dans le vestiaire ou dans ma famille, on m’a bien géré.

Qui t’impressionnait le plus ?
Falcao, forcément ! J’étais très proche de lui. Il me donnait beaucoup de conseils, que ce soit pendant les séances d’entraînement ou en dehors. J’ai la chance de parler espagnol donc je pouvais bien échanger avec lui. Par exemple, sur certains gestes devant le but, il me disait de tirer moins fort et de mieux placer le ballon. C’était une époque où j’étais obnubilé par le but et je voulais beaucoup frapper fort. Il me disait d’être plus fin et il avait raison. Parfois, un ballon placé ou un petit plat du pied, ça suffit pour marquer. Radamel, ça a été une belle rencontre et on échange encore quelques messages aujourd’hui. C’était son anniversaire il y a peu donc je lui ai écrit et il m’a répondu. C’est quelqu’un d’une grande gentillesse.

Et Kylian Mbappé, il était comment ?
Il a eu une évolution exceptionnelle. Je suis content pour lui. Il mérite d’être là où il est aujourd’hui. Maintenant, j’espère qu’il ira chercher tout ce qu’il vise : le Ballon d’or, la Ligue des champions et peut-être une autre Coupe du monde ! Avec Kylian, on arrive toujours à échanger de temps en temps même s’il est très sollicité. C’est toujours un plaisir de revoir les joueurs avec qui on a joué et de voir que ça se passe super bien pour eux !

Avec les équipes de France de jeunes, tu as notamment joué avec Marcus Thuram, Christopher Nkunku et Théo Hernandez. Lequel t’a le plus surpris par rapport au niveau qu’il a atteint ?
Les trois ! Ils ont tous déjà fait de belles choses, ils ont bien évolué. Marcus et Théo sont des habitués de l’équipe de France… Christopher y a été aussi et il a marqué beaucoup de buts ces dernières saisons… Je leur souhaite de continuer comme ça et de se maintenir au plus haut niveau possible.

« J’ai un arrière-grand-père maltais »

Il paraît que tu as des ascendances maltaises… C’est vrai ?
Oui, j’ai un arrière-grand-père maltais. Ce sont donc des origines lointaines mais j’ai des origines maltaises !

À l’instar du Rémois Teddy Teuma, qui est international maltais depuis 2020, ça pourrait t’intéresser de représenter Malte un jour ?
J’ai été contacté par la fédération mais je n’ai pas encore fait de choix pour le moment. Je suis français, et quand on est français, le rêve, c’est forcément de jouer en équipe de France. Je sais que j’en suis encore loin aujourd’hui et que ça demande beaucoup de travail mais c’est un objectif que j’ai envie d’atteindre. Je suis encore suffisamment jeune. Peut-être que la question se posera plus tard mais, pour l’instant, c’est la France que j’espère pourquoi pas représenter un jour.